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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 23:59

Sortie : avril 2012

Label : Miasmah

Genre : Musique contemporaine

Note : 8,5/10

 

Le couple du jour est composé de virtuoses. L'un, Gareth Davis, clarinettiste de formation, se situe plus dans d'obscures et éclatantes oeuvres débordant allégrement les frontières du jazz contemporain pour lorgner vers une formule que tous comprendront : les musiques improvisées. On le rattache très souvent et justement à ses travaux aux côtés du génial Machinefabriek (sur des labels reconnus comme Sonic Pieces et Home Normal), plus rarement et c'est bien dommage, à ses expérimentations jazz. L'autre, Frances-Marie Uitti, a juste révolutionné l'utilisation du violoncelle. Jouer avec deux archets ne lui fait pas peur, tout comme le rejet de toute hiérachie tonale (traduction : la grammaire musicale classique de la musique occidentale). Si son oeuvre la plus citée est sans doute celle qui la voit redessiner les Works For Cello de John Cage, on a également pu la voir traîner du côté du label jazz moderne, aussi passionnant que décrié, ECM. C'est le toujours impressionnant et inventif label Miasmah qui héberge ce projet forcément exceptionnel. Nous avions volontairement fait l'impasse sur la dernière sortie du label de Svarte Greiner (génie dark ambient incontestable) réalisée par Gultskra Artikler, car trop perchée à notre goût et trop habitée par un vivier folklorique (des Carpates ?) difficilement "chroniquable". Nos amis du jeune blog Des Cendres A La Cave, avec qui nous partageons aujourd'hui plus que de simples influences, l'avait déjà tellement bien fait (ici). Mais revenons plutôt à notre joyau du soir.

 

Qu'est ce qui a pu pousser deux orfèvres de l'expressionnisme à collaborer ensemble. On s'en fout. Mais tellement. Car outre le saisissant romantisme torturé qui suinte de toute part, c'est ce sentiment d'alchimie véritable, cette impression singulière de l'union du bois et du cuivre pour parler un seul et unique language intraductible, et celà d'une seule voix. Car oui, parler de complémentarité s'élève ici comme un cliché sans nom, comme une insulte à l'unicité de l'union.

Et peu importe les étiquettes, la description et l'intellectualisation technique d'une oeuvre qu'il a bien fallu achever. Je n'y connais absolument rien en musique contemporaine, c'est avant tout parce que résulte de ce disque une puissance et une profondeur phénoménale que je place mes humbles mots à son propos. Parce que la musique du duo d'un jour, si savante et si contemporaine, donne peut-être sans même y avoir pensé un relief imposant à des musiques qu'on a plus l'habitude de pratiquer ici. L'exemple le plus frappant (c'est le mot), réside à coup sûr dans les tranchées béantes de Smoke, où on peut entendre le couple frapper son instrument comme une arme silencieuse pour en faire sortir l'insoupçonnable. Voici qui a presque un côté punk vu et dit comme ça. C'est même le cas, même si je soupçonne nos deux amis d'avoir laissé il y a bien longtemps les chiens sortir de la Quechua. Évoquons alors le terrifiant Cold Call, qui ferait passer n'importe quel poussée dark ambient et sound design comme acnéique.

La musique de Davis et Uitti est un cri déchirant, hurlé à la face d'un monde sourd, qui voit du jazz partout là où il y a du cuivre. Qui pense qu'il suffit de péter dans un hautbois pour accoucher d'un Haendel, qu'il suffit de se réclamer de l'ethnomusicologie pour pouvoir parler de Bela Bartok. Même si encore une fois, je m'évade au dernier moment de ma bile indigeste pour ne pas m'y noyer, cette séance de name dropping est à mon sens tout sauf opportuniste, ne serait-ce qu'à d'épars et calfeutrés moments.

Puis vient le temps des fresques, Detour et Stained, d'où surgissent des bouillons gutturaux, des drones abyssaux, un reliquat jazz caverneux, des crins cisaillés par une douleur qui ne dit pas son nom. Des réponses aux cris respectifs et aux plaintes pour conserver cet esprit de corps et de consistance. Les silences, ici posés, interviennent plus comme une ponctuation certes anarchique mais agglomérante, que comme une orpheline attente vers la fin d'un hypothétique morcellement de l'ensemble. Le plus court mais excellent Ranzor, liera idéalement les deux pavés dans leur scission fugace.

 

Peu de mots sont adaptés pour décrire pareille expérience, fascinante autant qu'elle est dérangeante. J'espère donc que vous pardonnerez les miens et que vous vous rabattrez sur une musique, qui parle d'elle même. Miasmah frappe ici un grand coup sourd à destination d'un auditoire exigeant, équipé d'un matériel d'écoute à la hauteur de l'oeuvre. Le romantisme ici dévoilé, certes macabre mais peu funeste, ne peut qu'emporter l'adhésion des plus aigris. Qu'on se le dise.

 

http://acloserlisten.files.wordpress.com/2012/04/gramercy.jpg?w=300&h=300

par Ed Loxapac

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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laurent 05/06/2012 09:43

je serai moins élogieux, les disques de miasmah ne sont pas assez variés d'un album à l'autre, et ces drones ou plaintes de violoncelle se retrouvent sur de trop nombreux disques en ce moment, bref
j'ai trouvé le disque plutôt chiant et loin d'être aussi bon que le dernier deaf center par ex