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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 23:40

Sortie : 10 février 2012

Label : Hymen Records

Genre : IDM (?), Sound Design, Expérimental

Note : 8,5/10

 

Voilà quelques temps que le franco-sicilien Frank Riggio voulait donner un nouvel élan à sa musique. Après des releases hybrides et abstract hip-hop en free download, très inspirées par sa passion pour Amon Tobin, il sortait l'année dernière un double EP (Texturtion Distosolista, ici) plus que prometteur. Sa technique globale avait franchi un levier supérieur, annonçant peu à peu une distance vis à vis du sampling. Seulement voilà, Frank Riggio est un homme qui doute. On a rarement vu (dans ces sphères musicales) un homme donner autant d'enjeu dans sa vie à la conception musicale. Après des flirts bien poussés avec deux des plus reconnus labels du genre, la conclusion est finalement sans appel. La musique du sudiste serait trop atypique et pas encore assez mûre pour figurer au catalogue de ces deux maisons renommées. Entre prises de têtes et profondes remises en question, Riggio ne renonce pourtant pas. La rencontre virtuelle avec Stefan Alt , patron de chez Hymen, sera salvatrice, lui qui a un véritable coup de coeur pour son univers. Pressentism est le premier volet de la trilogie Psychexcess, dont la vocation est d'illustrer les trajectoires inconscientes de cette machine complexe qu'est l'inconscient et son moteur : le cerveau. Ceci est assez évident à la vue de l'artwork, nouvelle réussite du graphiste Shift que certains connaissent mieux sous son nom de Timothée Mathelin.

 

Dès les premières minutes de l'album, on se dit que les tracks présents sur le dernier double EP n'étaient presque que des chutes, des brouillons du véritable investissement personnel et donc mental à venir. Il a ici laissé de côté sa classique volonté d'être à tout prix dans la démonstration de ce qu'il sait faire, et de ce qu'il a appris. Parce qu'il a probablement encore plus à prouver à lui-même qu'aux autres, il a décidé de mettre ses doutes, ses angoisses, ses questions de musicien et de père au centre de sa musique. Inutile de rajouter qu'il y a mis aussi ses couilles de mec, pour donner encore plus d'ampleur à la dimension personnelle de l'oeuvre. Précisons que c'est le visage de sa fille qui surplombe cet artwork définitivement torturé. La musique et cet enfant, ou les deux plus grandes passions de sa vie, sont illustrées ici en ce qui pourrait être le sujet d'une psychanalyse au long cours.

 

Beaucoup d'éléments surprennent et impressionnent dès les premières écoutes. Cet aspect ultra affiné et ultra texturé qui trahit des heures et et des heures de travail en studio (en même temps, ça fait trois ans que cette trilogie lui hante l'esprit). Le quasi renoncement de l'utilisation des samples (il y en a encore quelques uns, et utilisés dans de sacrés séquences). L'intégration de cordes et de crins non digitales (Pressentism, Higher Ailleurs). Une étrange, rythmique et cavalière dimension tribale. Et même si de très bons titres comme Big Tunnel Recordist, Flowing Magma sont empreints de résidus hip-hop mutants de ses débuts, c'est bien cette véritable palette de sound designer qui bluffe le plus. Comme sur les très Hecquiens dans le style et l'approche Venusian Philosopher ou Fractal D. Ou encore le cryptique Kranqr et son piano aussi humble que subtil. Signalons aussi le spatial et synthétique Infinie Galaxie II, dont les tribulations et l'issue surprenante viennent rompre avec les schémas de canevas classiques. A aucun moment malgré l'incontestable richesse de l'espace sonore, il n'y a de sensation de surcharge. Riggio est vraiment un mec old-school, puisqu'il intègre même une fin masquée à son V I S L A R M final. Mais ne vous y trompez pas, il a su combiner ses nouvelles velléités artistiques et techniques avec son utilisation régulière des synthés hardware et sa maîtrise de Cubase. Bien que pharaonique, l'oeuvre est intelligente dans son tracklisting et dans le maintien du dédale psychédélique souhaité et transformé.

 

Les recommandations de gens comme Access To Arasaka ou Hecq ont fini par payer. Frank Riggio peut être fier de lui. Sa musique a atteint des sommets de qualité et de confiance en elle même. Hymen a eu le nez fin, contrairement à d'autres à mon humble avis, signant dès le début d'année une oeuvre époustouflante. Bravo à tout ce petit monde. Ceux que ces humbles lignes auront convaincu d'en savoir plus à propos du français sont invités à (re)découvrir l'interview réalisée il y a quelques temps (ici).

 

riggio.jpg

 

par Ed Loxapac

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

TechNono 02/04/2012 00:45

Ces humbles lignes m' ont entièrement convaincues car en plus d' être allé découvrir l' interview de Frank Riggio (merci pour le lien), je me suis procuré le disque.

Après plusieurs écoutes je dois avouer que ta chronique touche juste sur tous les points. Des résidus hip-hop au style Hecquien(Venusian Philosopher me donne l' envie de réécouter Steeltongued).
Les cordes apportent une pu***n de tristesse sur Presentism et le piano est d' une telle fragilité sur Kranqr...

Juste un petit bémol pour Tri, space interlude.

Cet album est de grande qualité mais aussi exigeant. Bref, à savourer les yeux fermés.

Joël 13/02/2012 11:30

Facile quand on a le disque entre les mains... D'autant qu'après une chronique aussi élogieuse, difficile de rester en place. Un rappel après telle publicité n'est cependant pas démérité.

Après une première écoute (sur cette maudite plateforme), je dirais qu'on retrouve dans ce LP la musicalité d'anamorphose qui avait été depuis un peu laissé de côté au profit d'un travail sur les
textures. On a ici quelque chose de tout à fait équilibré, du bonheur.

Joël 13/02/2012 10:33

Je confirme pour la trique matinale... L'album est en ligne sur Deezer

Chroniques électroniques 13/02/2012 11:08



La qualité d'écoute est pourrave sur deezer, et puis deezer, c'est le mal...



Rabbit 13/02/2012 09:54

Y a pas à dire cette chronique met la trique de bon matin. Dur de pas pouvoir l'écouter là, de suite.