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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 11:24

Sortie : juillet 2011

Label : Subtext

Genre : Techno autiste, monadique et vibratoire

Note : 9/10

 

Duo de Bristol composé de James Ginzburg et Paul Purgas, Emptyset sort son nouvel LP, Demiurge, sur le label local Subtext. Le premier album d’Emptyset, éponyme et daté de 2009, renversa les rares amateurs qui eurent la chance d’y jeter une oreille. Aride et sombre mais conçu avec génie, ce disque de techno pure générait un sentiment d’autisme radical qu’on ne retrouve guère qu’avec mes adorés Pom Pom, se tenant volontairement en retrait du grand public. Bref, il s’agissait d’une techno d’underground au sens noble du terme, tout en analogique et travail des textures, un joyau comme on n’en trouve trois par an à tout casser.

 

Avant ce LP, quelques maxis parurent début 2011, tournant autour du track All together lost, sur lequel Cornelius Harris d’Underground Resistance posa ses vocaux (ce morceau réapparait d’ailleurs sur le LP, moins les vocaux, et avec un nouveau titre, Point). Une série de remixes en fut tirée, réalisés entre autres par Ben Klock ou Scuba. « Emptyset » signifie en mathématiques, plus particulièrement en théorie des ensembles, l’ensemble vide (généralement noté {} ou Ø), fondamental pour un grand nombre d’axiomatiques contemporaines, puisqu’il s’agit d’un ensemble qui ne contient que lui-même, ce qui lui confère un statut exceptionnel (tout autre ensemble étant par définition et à l’infini ensemble d’ensembles supérieurs et inférieurs). Vous croyez que je m’éloigne de la musique ? Au contraire, je tente de la définir.

Autiste, ce Demiurge le demeure assurément. Mais l’état psychiatrique d’Emptyset s’est nettement dégradé. L’écoute de ce LP relève de l’épreuve physique, où chaque auditeur pourra tester son degré de résistance nerveuse à l’amplitude des fréquences basses : impression de lacération des tympans, de vibration et d’irritation corporelles, de démangeaison psychique, qui poussent parfois jusqu’à désirer l’arrêt d’un morceau, non parce qu’il est mauvais, mais qu’il vous fait du mal physiquement. Depuis leur premier disque, mixage et mastering ont fait un bond d’une année lumière, nous plongeant dans  un enfer de fréquences basses qui, s’Il n’était pas déjà mort, ferait grincer des dents Dieu Lui-même. Exceptionnelles sont les recherches sonores qui explorent et conquièrent à ce point toute la largeur du spectre des basses, régulièrement contaminés par des nappes de bruit blanc d’une rare toxicité. Demiurge est une œuvre abstraite, au sens pictural ; rien n’est figuré, tout vibre, grésille et vrombit, dans un nihilisme musical parfois proche du bruitisme, s’il n’y avait, au surplus, ces rythmiques viciées, lentes et insidieuses, dont le souffle des beats est parfois si lourd, ample et puissant qu’on se demande s’ils ne finiront par provoquer des dommages irrémédiables à notre cortex.

Leibniz, le philosophe qui inventa le concept de monade, désignant par là  l’élément premier, indivisible et singulier qui compose toute réalité complexe, avait coutume de répéter que les monades n’ont « ni portes ni fenêtres », affirmant par là qu’elle n’était qu’une pure intériorité, sans rapport à quoi que ce soit d’extérieur et d’autre que soi-même. Il en va ainsi de ce Demiurge (dont un titre s’intitule précisément Monad), dont la claustration et la fermeture sur soi sont permanents, où chaque son semble se réverbérer sur les parois d’une subjectivité absolument close sur elle-même. La radicalité de cet autisme musical rend inutile tout décorticage de la tracklist : la chose s’appréhende en bloc, d’un bout à l’autre, comme le souffle infini d’une bombe qui ne cesserait jamais de se répercuter dans le corps et l’âme.

 

Le Pingouin avance : Emptyset est aujourd’hui l’une des meilleures formations techno en activité, pour peu que l’on veuille bien conférer une réelle dignité à cette étiquette. Je salue et respecte les DJ qui parviendront à caler un morceau de ce Demiurge dans leurs sets (au Berghain ?). On a là une œuvre dont le sound-design est en avance d’au moins deux ans sur toute autre production techno. Mais son accès nécessite une prise de risque, comme un danger pour soi-même, qui les laissera sans doute dans l’anonymat. Ce n’est pas grave : je ne suis pas seul à vous avoir prévenu… et la musique avance. (Ecoute au casque à fort volume nécessaire, un matos HIFI ordinaire éliminant tout intérêt à l’œuvre.)

 

http://3.bp.blogspot.com/-CGICSqMPFWE/Tgz6lD0gU4I/AAAAAAAAPQY/zcADQZhZ49Q/s400/Emptyset_Demiurge_CD.jpg

 

par Pingouin Anonyme

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

PrOn Invasion Online Radio 19/12/2011 12:52

C'est vrai que cet album est peut être pas le plus facile d'accés pour qui découvre Emptyset mais rien que le travail sur les fréquences mérite un petit effort de persévérance! C'est intense,
brutal et salement couilli comme LP, j'adore..

MorFab 28/11/2011 11:57

Ineffable. Cet album me fait autant d'effets que univr d'Alva Noto.
Félicitation et merci pour l'article, d'autant qu'il n'est pas simple de chroniquer ce genre de musique.

PaaD 17/08/2011 13:17


J'ai pas dit que ça avait à voir avec Popof musicalement, juste que c'était aussi abrutissant. Je vois pas vraiment où est la qualité là-dedans. C'est ptet bien foutu et y a ptet quelque chose
derrière mais bon on va pas dire que c'est agréable à écouter, bien au contraire. Et écouter de la musique pour se faire simplement mal aux oreilles, j'ai du mal à comprendre. C'est vraiment le
genre de son qui pourrait s'écouter en rave, le sang blindé de substances chimiques et le cerveau déconnecté. Bref, pas ma tasse de thé.


PaaD 16/08/2011 23:42


Techno autiste, en effet. Aussi abrutissant que du Popof. Je n'adhère pas du tout.


Chroniques électroniques 17/08/2011 13:00



Abrutissant, peut-être. c'est aussi parfois une qualité, mais rien à voir tout de même avec notre Popof national ! D'ailleurs, le jour où Emptyset fera la couv' de Trax n'est pas venu.


P.A