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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 23:57

Sortie : mai 2011

Label : Koma Records

Genre : Industrial, Dark Poetry

Note : 7,5/10

 

Il y a un peu moins de deux ans, nous avions déjà parlé du projet Elastik, emmené par le Francilien Thomas Prigent. Déjà à l'époque, son alliage entre sonorités industrielles chirurgicales et spoken word avait créé plus qu'une bonne surprise. C'est aussi l'occasion de reparler de la mystérieuse et captivante Horror 404, plus que jamais membre active du projet.

 

Commençons tout d'abord par dire que Critik est bien mieux produit que son prédécesseur. C'est pourri comme façon de commencer une chronique non ? Ok. Je vais la jouer autrement.

Critik est un reflet noir et dérangeant, celui d'une génération qui n'a pourtant connu aucune guerre ni réelle grande dépression. Mais cette génération est aussi celle qui a découvert la notion de tube de l'été, la candidature de Nicolas Hulot à la primaire écologiste, le Loft, le Goncourt de Houellebecq, Ed Banger Records, la fusion de l'ANPE avec l'Unedic, et la positive attitude. C'est aussi la génération à qui on vend des clopes et à qui on interdit de les fumer dans les lieux publics. Celle à qui on a mis une membrane de latex entre les sexes. Celle sur qui les labos pharmaceutiques font chaque jour un peu plus de profit en lui dealant légalement des benzos pour calmer son malaise. Mais certains de ses membres acceptent de vivre dans ce grand tout, dans cette matrice béante qui dicte à ses ouailles souriantes et pas toujours peroxydées comment bouffer, jouir et s'accoutumer de ce nouvel esclavage moderne. Ces innocents sont bénis car ils ne se posent pas de questions et acceptent le diktat schizophrénique. Seuls les conscients sont sujets au malaise, à la maladie mentale et à une salvatrice marginalisation. C'est avant tout ce que renvoie Critik, l'existence de ces témoins et victimes de ce malaise moral et physique. Celles et ceux qu'on traite de fous et qui pourraient bien le devenir. Celles et ceux qui portent des colliers de chiens pour étaler leur enchaînement. Ces gens, font peur.

Tout comme le venin de Prigent, qui se diffuse lentement dans les esgourdes, à la manière d'un opiacé illégal s'injectant dans le sang de celui qui veut oublier et canaliser ses frustrations. Comme le débit de Faustine Berardo (Automatik), rampant, nasillard et blairwitchien qui évolue vers un chant fluide, chaud et inspiré. Aussi comme Cheval Blanc, cet illuminé qui a découvert qu'il n'était pas les autres et qu'on a traité de fou, qui a rencontré le vide, celui de sa propre existence. Que dire du ton apocalyptique et du texte mystérieux de Black Sifichi, et des visions morbides de Cecilia H, qui se demande bien ce qu'il adviendra d'elle lorsque son corps aura entamé sa lente putréfaction. Horror 404, elle, me faisait déjà frissonner le bas ventre il y a deux ans, et pose cette fois-ci du jus de citron sur des plaies invisibles, celles qui ne cicatrisent jamais vraiment. Sa description réaliste (pas cynique) de l'overdose généralisée de tout, son choix des mots taillés au scalpel pour évoquer la déception et la colère (envers les autres et peut-être envers elle-même), sa façon d'administrer du verbe à cet alien qui dévore son corps impatient a quelque chose d'admirable. Car oui, ce genre d'exercice peut vite devenir caricatural si l'on tombe dans le dévidoir de sa dark side trop assumée. Non, même quand elle prend des intonations lascives pour exposer des trucs sordides (Ekymose), c'est surtout certes pour accentuer le sentiment de malaise mais avec un contraste qui ne saurait perdre sa subtilité. Même les titres exclusivement instrumentaux de Prigent ont pris en richesse et en profondeur, déployant des aspects noise des catacombes et des contours de rock lourd et cradingue.

 

Prigent a su une nouvelle fois composer des ambiances entêtantes alliées à des rythmes lourds sans jamais perdre de vue que le discours des membres du collectif était aussi important et complémentaire que le son. Un musicien de Bristol végétarien mais friand de houblon et de tennis de table a dit : If You Treat All Like Terrorists, We Will Become Terrorists. Horror 404 a dit : Tortueux sont les chemins qui mènent à mon sanctuaire. Ceux qui ont un plan sont vivement invités à m'envoyer un mail, je leur révélerais peut-être l'identité du Britannique végétarien. Et sinon oui, cet album est vivement recommandé. L'acquisition de l'objet peut se faire en direct, en passant par le site de ce troublant collectif qu'est ElastiK.

 

http://media.virginmega.fr/Covers/Large/BLV/3661585893806.jpg

par Ed Loxapac

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

Rabbit 26/07/2011 09:10


Le végétarien, si on parle bien du même, a aussi dit qu'il y avait une baston au bout du tunnel, ce qui métaphoriquement ne convient pas trop mal non plus à cet album d'ailleurs.