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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 22:44

Sortie : juin 2012

Label : 3rd Lab

Genre : Rap français

Note : 7,5/10

 

Dooz Kawa est originaire de Strasbourg. Sa passion pour le rap, français et américain, est née dans les années 90. Elle chienne, putain de mélodie sans cesse dans sa tête... L'époque bénie pour ainsi dire, qui a donné à beaucoup de jeunes l'envie de griffonner des pages de bloc-notes dans leurs chambres. Il crée très jeune le collectif T-Kaï Cee, avec qui il acquit une certaine reconnaissance locale. Il publie en 2010 son premier et très prometteur premier album, Etoiles du sol, où il laisse apparaître son amour profond pour les musiques d'Europe de l'Est, plus particulièrement le jazz manouche. Il rencontre d'ailleurs trois figures du genre, et pas seulement locales, qui collaboreront à ce premier opus. Bireli Lagrene, Mito Loeffler et Mandino Reinhardt. Des grosses pointures qui ont su aussi se faire un prenom. En dehors du rafraîchissant et excellent titre qui donne son nom à l'oeuvre (ici), on aura retenu l'hommage peu camouflé à l'intouchable Charlie Parker, mais aussi Narcozic et Balalaïka. Les métaphores décalées et plus que poétiques de Dooz Kawa, ainsi que son style en dehors de tout cliché, m'avaient déjà impressionné à l'époque de Conte cruel de la jeunesse (ici) et les titres précédemment cités. La sortie d'un nouvel album a donc encore un peu plus attisé la curiosité que je nourrissais à l'égard de ce MC atypique.

 

La poésie décalée de Dooz Kawa s'est assombrie. Ceci sûrement dû à une trop longue contemplation de l'éternité, vers le port du Rhin et l'aérodrome du polygone au Neuhof, entre tours de béton, chemins de traverse et caravanes. Pourtant, le strasbourgeois d'adoption semble avoir mieux que quiconque compris qu'un album est plus la saisie d'une période ou d'un instant, qu'un discours indéboulonnable. Jamais il ne sombre dans de faux aspects militants ou une fantasmée vie de thug. Pourquoi l'état nous violerait-il puisqu'il peut nous baiser ? Phase simple et efficace sur le très bon titre d'ouverture, qui sait que la punchline ne fabrique pas toujours de poète. Raconter son vrai quotidien ou l'évaporation des rêves en fumée est un poil plus compliqué qu'un scénario gangstero-gaucho compatible. Surtout à l'heure du capitalisme roi dans le rap, et des artistes virtuels qui vivent au nombre de clicks.

Dooz Kawa fait des choix risqués et courageux, en terme de lyrics et d'instrus, même si il faut bien reconnaître que son Dieu d'amour d'il y a deux ans contenait quand même des relents certains de bien pensance. Du moins c'est ce que je croyais. Car le terme est finalement mal choisi à l'écoute de ce nouvel album. Son général côté désincarné ne saurait cacher l'espoir tenace en de jours moins pires face aux souvenirs de l'enfance qui sentent la nivea. Car le rap du strasbourgeois contient son lot de références à l'enfance. Cinématographiques, télévisuelles et vécues. Les grands enfants qui doutent sont souvent des artistes passionnants. Même quand on est noblement aigri, on ne peut toujours tirer à boulets rouges sur certaines formes de positivo-réalisme. Voilà pourquoi Brûler les illusions se révèlera comme un des meilleurs titres, et probablement comme le plus représentatif du style si riche et musical (au sens stricte) de Dooz Kawa. Le très métaphorique et imagé Le bétail s'élèvera lui comme une humble réussite, tout comme La maison qui abrite voix balkanique bien choisie et guitare sautillante.

Son flow, nasillard et hyper-actif, fera peut-être fuir les amateurs de rap "classique". Pourtant, il n'y a pas grand chose à lui reprocher au niveau de la technique. Tant de variation dans le phrasé et l'intonation, ça relève quand même de la sacrée performance. Les rythmiques du manouche ont la richesse et la complexité des indomptables boucles afro-cubaines. Des références serviables quand on veut poser les mots sur des instrus plus musicales qu'issues du pur beatmaking. Je ne suis donc presque pas étonné de ne pas avoir aimé plus que ça le fruit de sa collaboration avec le prodige toulousain adulé par l'underground : Al'tarba. Radio Rap et son roots bionique bien dubbé à la sauce Carpenter, sert très bien l'exercice technique (un peu toaster) et les phases toujours bien senties du MC. Bien, mais sans plus. J'en profite donc pour citer à mon avis son inégalable tuerie, pour l'excellent et speedé Hugo TSR sur Piège à loup (ici), où sa volée de cordes et de crins sont pour pour un punk à chien tout un paradis, et un mortel écrin pour qui camoufle des cocktails de foulek dans des bouteilles de multi-fruits. Fin de la parenthèse.

L'exercice de style entre rime, gammes et guitares de Do Ré Mi aura donc ma préférence. La sensibilité de Dooz Kawa y éclate. Le choix et la manipulation des mots est excellente. Cette permanente invitation au voyage et à la remémoration des choix du passé peut même prétendre à l'excellence dans le milieu du rap. Je ne suis par contre pas du tout client des sages mais réelles phases d'ego trip de Haa yaa, des tribulations certes poétiques d'un souriceau qui craque, et des hommages à Jack Sparrow sur Pommes Pourries. Mais je suis persuadé qu'ils trouveront leur public puisque l'écriture y est toujours acérée et à fleur de nerf. Syndicat d'la rime n'est quant à lui malheureusement pas au niveau et fait presque même figure de sauvage remplissage. Dommage.

L'album se fermera avec l'exceptionnel freestyle Journaliste, chronique désenchantée d'un bled et d'un monde qu'on voudrait aimer même en perdition, un peu comme cette histoire avec la fille qu'il aimait et son bébé qu'il n'appellera jamais fiston. Juste un journaliste rédigeant son journal intime, et si il trace des lignes Schengen entre son quartier et la ville, c'est qu'il est juste un reporter de guerre mobile. Le constat d'un mec seul, même parmi les autres, qui a déposé l'amour au SAV. Là c'est du lourd de chez lourd. On regrettera donc que ce type d'exercice, sans concession ni aucun artifiice ne production, n'ai pas trouvé plus de place dans l'album.

 

Messages aux anges noirs est un album encore une fois plein de promesses, même dans ses aspects les plus inégaux. L'heure du prochain album n'est pas encore tombée mais on pourra espérer alors je pense, à une intégrale déflagration de qualité. C'est parce qu'il est extrêmement varié que son rap est couillu et hors norme. Inégal, mais rêveur, aventureux et humain donc. Espérons pour lui qu'il trouve l'écho qu'il mérite, dans le verger du rap où les fruits frelatés sont aussi souvent les plus exposés.

 

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par Ed Loxapac

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

LeGarsDuCanap 03/12/2012 19:00

Ta critique,elle tue.