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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 23:50

Sortie : avril 2012

Label : Sonic Pieces

Genre : Glitch, Jazz, Modern Classical, Experimental

Note : 9/10

 

Voilà six ans que le projet Dictaphone était en silence. Depuis Vertigo II, paru sur le désormais peu prolifique label City Centre Offices et qui succédait lui même à M=addiction. Deux albums déjà excellents, mais que bien trop peu ont écouté. Oliver Doerell est certes plus connu pour sa participation aux travaux du duo Swod (dont le dernier album Drei, fut chroniqué ici). Il est accompagné au sein de Dictaphone par Roger Döring, qui y étale ses talents de clarinettiste et de saxophoniste. Le duo est cette fois rejoint par un troisième larron, en la personne de Alex Stolze pour les parties de violons. Comme si cela ne suffisait pas à réunir un casting digne de ce nom, le mastering de l'album est assuré par le désormais reconnu Nils Frahm. C'est le discret mais solide label allemand Sonic Pieces qui est à la commande, lui qui a déjà sorti l'album Wintermusik de Nils Frahm, ainsi que des travaux de Greg Haines, Ryan Teague, Gareth Davis & Machinefabriek ou Hauschka & Hildur Guonadottir. L'élaboration de cet objet limité dans son pressage est résumée ici, pour ceux que ça intéresse.

 

Poems from a Rooftop tire sa signification de la révolte pacifique iranienne (Insurrection Verte), au moment où le peuple avait trop peur de la répression de la police secrète de Ahmaninejad pour se rendre manifester dans les rues. Ils avaient fait le choix de gagner les toitures des immeubles et des maisons, et de s'y réunir. Cet album est épris d'une liberté folle, et on trouvera ça et là des hommages abstraits à la révolution de la jeunesse persane, outre la dédicace dans le titre qui donne son nom à l'oeuvre. Comme lors de la poignante déclamation de Mariechen Danz sur Rattle, loin d'avoir livré son secret, pourrait y faire abstraitement allusion.

Cet album fait partie de ceux qui bouleversent, jusqu'à ébranler certaines certitudes. Celle d'avoir chercher la perfection et le salut sur l'autel de la geekerie et du laptop. D'avoir cru que l'électronique se suffisait à elle-même au 21ème siècle, et n'avait donc point besoin de s'adjoindre les services d'instruments naturels pour souligner toute sa dimension essentielle. De ne pas avoir été capable de croire le divin glitch suffisamment humble pour n'être qu'un élément au service d'un ensemble organique. D'avoir passé des années à mettre en avant seulement des albums déshumanisés qui erraient dans la même matrice déshumanisée que moi. Celle qui aurait dû être dénoncée au lieu d'être promue. Bénis soient ceux qui le savaient. Maudit soit le bouffon que je fus. Poems From A Rooftop vient donc réparer enfin des années d'errance sans doutes, une disette intellectuelle quant à ma manière d'envisager la musique électronique. Constat triste mais salvateur. Car l'essentiel est contenu dans ces neuf titres, avec autant d'humilité que de simplicité, élégance et raffinement.

Tout commence avec Conversation, où on comprend immédiatement qu'au jeu des questions-réponses, les "lamentis" du violon de Stolze auront leur mot à dire. Il y a aussi ce sentiment qu'avec deux ou trois accords de guitares et un simple ronflement de basse (ce sera encore plus vrai sur Manami), Doerell peut nous emmener très loin. Encore plus quand les vents de Döring agissent comme des onguent liants. Le glitch est déjà palpable bien que fugace, et n'intervient que rarement pour contrecarrer les plans mélodiques. Mais plutôt pour s'y absoudre et apparaître comme un condiment rythmique. C'est d'autant plus vrai sur le magnifique Maelbeek, lorsqu'il se montre métronomique en représentant de la pulsation. Les cavalcades de carillons font le reste, aidés par le piano furtif et la narration poétique de la clarinette. Les violons sont à pleurer.  Que ceux qui ne parlent qu'en hardware plutôt qu'en tierce mineure et en quarte juste tournent d'ores et déjà les talons.

Manami, ou comme une réunion sur les toits de Dar es Salam pour y attendre la venue de la neige. Ce souffle perceptible apporte lumière et chaleur sur les épaules de celui qui croit en de meilleurs lendemains. On pourra toujours dire jusqu'ici que Doerell applique souvent les même schémas, comme dans Swod, pour dresser ses pièces qui confèrent aux contemplatifs mélomanes le sourire du béat repu. L'hommage au Soylent Green de Richard Fleischer viendra rompre encore une fois les certitudes, en posant tempête de sable et voile enfumé sur un tapuscrit de percussions étranges (peut-être plus digitales qu'exotiques). En plus des ingrédients réguliers (plus en retrait cette fois-ci), on y entend même un accordéon, des samples vocaux et des parasites numériques. Passionnante cohabitation. Si ils ne commettent jamais d'excès de surcharge ou de complexité, les Dictaphone savent se montrer nébuleux. Comme sur le forcément trop court morceau qui donne son nom à l'ensemble de l'oeuvre, véritable canevas de jazz libre et d'expérimentations gentiment vrillées. Avec un excédent de samples et de dérapages de pas rythmiques, A bout de souffle poursuit le même sillon plus abstrait.

Le retour des carillons et des grelots naturels, lèvent le rideau du cabaret jazzy rebelle d'où Mariechen Danz fera couler les larmes de ceux qui savent lire entre les lignes. Simplement magnifique. Les fausses pistes et les arrangements obliques reprendront leurs droits sur le curieux et surprenant Au botanique. L'étiré Nr.12 étendra ses rires et ses miaulements dans sa plainte plus teintée d'espoir que de déchirement.

 

Devra-t-on encore attendre six ans pour obtenir une nouvelle ration de Dictaphone. Car dans leur cohabitation du jazz, des instrumentations classiques modernes et d'un saupoudrage électronique réside une enivrante poésie humaine et charnelle. Comme dans l'alchimiste, il n'est jamais trop tard pour rechercher l'essentiel au plus près de la simplicité. Avec ce disque indispensable, Dictaphone laisse une relative poignée d'orphelins en attente d'un quatrième acte. L'ouvrage est pressé en quantité plus que limitée, tout le monde ne pourra pas prétendre à profiter de ses bienfaits. Qu'on se le dise.

 

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par Ed loxapac

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

Gorille 11/04/2012 19:49

Magnifique album en effet... Par contre l'élitisme qui transpire à chaque phrase de la chronique c'est peut-être pas nécessaire... Pas besoin d'être dôté d'un sens musical raffiné pour aimer la
musique, non?

_Y 11/04/2012 19:28

je ne connaissais même pas Dictaphone il y a quelques jours et je me rends compte que toute la discographie est exceptionnelle. Merci les chroniques!

TechNono 10/04/2012 19:11

La chronique et l'extrait dans le lecteur m'ont conquis!!

Votre blog va faire exploser ma CD-thèque et tant mieux!!

Rabbit 10/04/2012 13:54

Super chronique. Si ça continue on reverra bientôt du Rune Grammofon chez CE, remarque un petit Jan Bang ou Supersilent ça le ferait bien (j'ai souvenir d'avoir vu passer Arve Henriksen mais
c'était expéditif !).



(pas compris l'emploi du verbe "absoudre" par contre...)

flo 10/04/2012 09:46

Bonjour, merci beaucoup pour cette très bonne chronique! Quel album!!! (ps : petite faute au début du 3ème §). A bientôt.