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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 10:33

Sortie : juin 2011

Label : Soma Records

Genre : Techno-dub

Note : 7,5/10

 

Ça buzze très négativement autour du dernier DeepChord. Après avoir encensé à bon droit le céleste et glaçant The coldest Season, puis le terrestre et mondain Liumin (chroniqué ici), les magazines, blogs et autres canaux de la critique électronique n'en finissent plus de générer des controverses autour de ce Hash-Bar Loops. Qu’a-t-il donc bien pu se passer ?

 

Rod Modell est en passe de devenir une légende de l’électronique des années 2000. Pour en comprendre la raison, il faut remonter aux premiers travaux techno-dub du début des 90’s, dont Robert Hood fut l’un des pionniers, et qui plongent leurs racines dans l’originelle Detroit. C’est par rapport à ce terreau initial que se comprend l’émergence du mythique label Basic Channel de Moritz von Oswald, ainsi que ses subdivisions berlinoises, Chain Reaction ou Rhythm & Sound, qui façonnèrent un son nouveau, "deep & dub", acclamé hier et (surtout) aujourd’hui dans les cénacles intellectuels de la musique électronique.

Oui mais voilà, c’était sans compter avec Rod Modell. Sur le label DeepChord, où le duo du même nom avec Mike Schommer produisit une longue série de maxis de 1998 à 2006, ou bien l’entité Echospace avec Steven Hitchell (The Coldest Season en 2007, Liumin en 2010), mais aussi en solo (Incense & Black Light en 2007, magnifique), cet Américain originaire de Detroit a lancé une véritable révolution dub-tech. Depuis cette année fameuse année 2007, en réinventant le style Basic Channel de part en part, Rod Modell compose une œuvre appelée à demeurer, qui surclasse par son feeling et sa modernité le son des anciennes productions berlinoises (on peut d’ailleurs considérer le Moritz von Oswald Trio comme une tentative pour raccrocher cette fantastique échappée sonore). Liumin, beaucoup plus chaud et organique, intégrant un field-recording tokyoïte de toute beauté, installa définitivement le son DeepChord en institution neuve, faisant déjà des émules plus ou moins conscients de leur rattachement généalogique.

Mais avec Hash-Bar Loops où Modell officie seul, ceux des auditeurs qui auraient souhaité une évolution sonore vont être déçus : c’est presque d’une "involution" dont il s’agit. Ce son DeepChord si particulier, tout en ressac dub et en souffles continus, ces nappes aériennes de bruit blanc compressées, ces trous d’air sonores, ces lentes pulsations profondes, crépitantes et ouatées, bref toute la magie des premiers travaux de Rod Modell s’est étrangement aplanie. Hash-Bar Loops porte d’ailleurs assez mal son nom : quoique les loops et le bar soient aisément repérables, on se demande où donc est passé le hash d’Amsterdam auquel le disque prétend rendre hommage. Après deux premiers tracks très classiques (Spirits, Stars), dont la facture tout en réverb rappelle Incense & Black Light, le troisième titre Sofitel (sic) a de quoi laisser perplexe. La dub-tech géniale à laquelle nous étions habitués semble muter en un sound-design classieux, aux textures finalement peu expressives et sans relief. Impression confortée par le titre suivant, Merlot, excessivement travaillé avec ses allers-retours d’un kick enfumé nappé de volutes lounge.

Et ce sont ces mots qui restent malheureusement gravés dans l’esprit à l’écoute de ce disque : sound-design loungy. On y ressent l’atmosphère d’un travail mélancolique et chirurgical, très solitaire, conçu ou réalisé au fond de bars luxueux d’hôtels chics ; il y a plus de cosmopolitan et de caïpi’ que de hash sur ce disque. Comparé à Liumin, le field-recording s’y fait d’ailleurs extrêmement discret, en intro et outro de quelques compos. Même si certains titres sont si biens stylisés qu’ils parviennent à accrocher l’attention (Electromagnetic et ses collisions de bruits blancs en cascade, Black Cavendish et sa lente mise en tension sifflante et crépitante, le final Neon And Rain qui vous abandonne là, sous la pluie, en pleine ville la nuit, non loin du halo blafard d’un réverbère), le reste des morceaux de ce long LP lasse par tant de paresse sonore, quoique rien ne vienne réellement fâcher l’oreille (Tangier, Balm, City Center, Oude Kerk, Crimson). L’aisance de Rod Modell finit simplement par énerver devant sa facilité à produire des tracks léchés, sans fausse note, mais tout en évacuant soigneusement la moindre prise de risque – lui que nous pointions et pointons toujours comme révolutionnaire en électronique.

 

Révolutionnaire donc, Rod Modell semble avoir lui-même fomenté sa propre contre-révolution. Ce Hash-Bar Loops laisse déçu comme une période creuse de l’histoire. Cela étant, pas de quoi nécessairement sombrer dans le pessimisme, car toutes les légendes ont leurs ratés, qui font partie de ce que l’on aime encore, plus tard, plus loin, avec le recul. Mais là, ici et maintenant, c’est non.

 

http://www.inverted-audio.com/wp-content/uploads/2011/07/DeepChord-Hash-Bar-Loops-450x450.jpg

par Pingouin Anonyme

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

Max 02/08/2011 19:53


Entièrement d'accord avec la critique, ce disque me fait penser à un liumin bis mais rater car finalement trop proche de l'original.