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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 11:31

Sortie : septembre 2010 / novembre 2010

Label : Infiné

Genre : Musique du monde expérimentale / piano classique expérimental

Note : 5 / 5

 

Après l'intriguant In D d'Arandel (chroniqué ici), le label d'Agoria continue ses explorations en territoires expérimentaux avec deux albums hors formats, empruntant un peu aux musiques électroniques et beaucoup ailleurs. Même si les résultats sont assez différents, quelques points communs rassemblent Bachar Mar-Khalifé et Fransesco Tristano, comme leur formation classique ou leur utilisation centrale du piano. Peu de pistes, des morceaux longue durée, des influences jazz, autant encore d'éléments qui relient ces deux disques. Toutefois, Oil Slick est marqué par les voix qui l'habitent et les origines libanaises de son auteur tandis qu'Idiosynkrasia est instrumental et orienté par la participation à la production de Carl Craig. Ce dernier a joué par le passé avec Bachar Mar-Khalifé, dont le frère, Rami, faisait partie d'Aufgang... groupe de Francesco Tristano. Une proximité qui a logiquement conduit les deux hommes à travailler ensemble par le passé.

 

Bachar Mar-Khalifé déstabilise rapidement. Lancé bille en tête par un piano énergique, son album débute dans une ambiance jazz prenante sur laquelle vient se poser un poème chanté dans sa langue natale. Le mélange est surprenant et fonctionne. Ce Progeria d'ouverture s'achève dans de sombres remous électroniques. Toutes les interrogations de l'auteur ne paraissent pas tout de suite. De caprice de musicien à réflexion sur son héritage culturel, il n'est pas aisé de trancher. A la lecture des explications de texte, le message va bien plus loin que ce qu'il parait. Notamment sur Democratia qui prend une autre dimension quand on sait qu'il y énumère une liste de prisonniers politiques.

Après la première vague qui vous submerge, l'artiste prend de la Distance, part dans une ballade à la mélodie entêtante. Encore cette voix un peu décalée, avant l'envolée pleine d'espoir dans laquelle le piano tournoie. Rien n'est précipité. Le Libanais n'offre que six titres (deux de plus de dix minutes) mais se donne tout le temps de développer son propos, d'intensifier tel ou tel son et laisser les émotions transparaître. Nouvelle surprise avec Around The Lamp, le chant de la Palestinienne Lita Jana apporte une touche de féminité sur un titre plus dépouillé et méditatif.

Après la face électro, le jazz, la chanson, un côté rock progressif, des touches orientales apparaissent, ajoutant une couche folklorique... Bachar Mar-Khalifé ouvre des portes, tente des choses, ne se pose pas de limite. Il habite complètement son univers qui n'est pas toujours facile à pénétrer. Les tests ne sont pas toujours concluants comme cette voix trop simplement modifiée en mode vocoder sur Marée Noire. Le texte en Français, bien sombre, manque sa cible et gâche un peu la terrible mélodie qui se répète inlassablement jusqu'à vous désorienter.

Désorienté, c'est bien l'état que provoque ce disque. En effet, l'imagination de l'artiste convainc parfois, laisse dubitatif à d'autres moments. Sur le NTFntf' final par exemple, le trop plein de percussions est étouffant.

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41kTseciVgL._SL500_AA300_.jpg

Indiosynkrasia n'offre pas cette même diversité. Un premier long format produit par Murcof, un second auquel Moritz Von Oswald a mis sa patte, pour le troisième, Francesco Tristano a pris la direction de Detroit et du studio de Carl Craig, Planet E. En ressort neuf plages spacieuses et habitées, où l'esprit de Brad Mehldau aurait rencontré des machines distantes et le caractère répétitif de la techno des origines. Il y a un côté intello pénible, un autocentrage sur le piano très égocentrique, un minimalisme aisé. Le bidouillage torturé de Wilson laisse notamment sur la réserve. Mais qu'attendre de plus d'un album dont le titre se définit par  "caractère individuel, tempérament personnel" ?

Il y a pourtant plus. La répétition des lignes de piano pénètre peu à peu le cerveau et intrigue, captive, fait réagir. La superposition de percussions, de nappes donnent du volume et dépasse le simple gadget. Les phases solo pouvant elles sembler bien plus (trop ?) classiques. Le très joli Nach Wasser Noch Erde est ainsi un bel effort solitaire dont l'originalité reste toutefois à démontrer. Dans le même genre, Lastdays est carrément ronflant.

Bien que le mariage avec les rythmiques et les sonorités synthétiques n'est pas toujours évident, il donne au moins un nouvel horizon à admirer. L'alchimie n'est pas facile, mais s'avère frappante quand elle fonctionne, sur le dansant Indiosynkrasia par exemple dans lequel la modification du son de piano et son inclusion dans un ensemble fourni facilitent le mélange. Quand Tristano délaisse totalement les sons organiques avec Fragrance de Fraga, il verse dans une techno classieuse et prenante.

Le pianiste vogue ainsi entre les styles sans trop se poser de questions, laissant l'auditeur un peu tiraillé entre les passage énergique et ceux plus intimes. Tristano démontre un large panel de possibilités, mais se perd en n'en creusant pas une en particullier. Les deux derniers titres démontrent enfin une maîtrise de la rencontre piano-machine, comme si les extraits précédents n'étaient qu'un prélude à ces passages envoûtants. Le Hello-Inner Space Dub final constitue d'ailleurs un sommet dont il est difficile de sortir indemne.

 

http://ecx.images-amazon.com/images/I/618CrkYkS0L._SL500_AA300_.jpg

Les deux hommes ouvrent des voies. Francesco Tristano commence à avoir bien exploité son sillon autour du piano et devrait maintenant choisir une direction. Quant à Bachar Mar-Khalifé, il attire l'attention, laissant bien curieux de la suite de ses expérimentations. Même si vous n'êtes pas complètement emballé par ces deux disques, leur écoute invite à l'ouverture et à la curiosité musicale.

par Tahiti Raph

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

l'Astre 31/10/2010 19:22


Ma connerie m'emmène loin : ne cherchant même pas à savoir ce qu'Infiné avait à proposer, pour diverses raisons pas toutes aussi superficielles que prévues néanmoins (l'instinct de conservation
sans doute : quitte à me priver de certaines choses, je préfère amputer tout de suite...), je suis passé à coté du "Auricle Bio On" malgré la "présence" (à ce niveau je pense qu'on peut lui
créditer tout l'album) de MVO...
L'avantage étant que je me l'écoute souvent depuis ta chronique. Merci, donc.