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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 20:49

Sortie : 6 décembre 2010

Label : Raumklang Music

Genre : IDM, Ambient, Industriel

Note : 8,5/10

 

Artyom Kramarev est un artiste russe, originaire de Saint Pétersbourg. Sous le pseudonyme d'arMuta, il compose depuis la fin des années 1990, et passe par le breakcore, l'IDM, le noise et l'indus. Ses sorties s'effectuent dans la discrétion, m0zq en 1999 et Qx23 en 2004 ne laisseront pas de marques sur Discogs. Cet album, Sebilacotha, risque néanmoins de faire parler du personnage, du moins dans des sphères spécifiques. Le disque, qui sort en digital, est publié par Raumklang Music, label allemand qui voit Dirk Geiger à sa tête (interview ici). Une signature plus que bien sentie, tant Sebilacotha s'impose comme une oeuvre considérable.

 

Les dimensions s'y confondent de façon presque ambivalente. Une part des complexes éléments tissés par le musicien russe respirent la pureté, l'infini et dégagent une mélancolie diaphane. Au sein des nappes et des synth tones volatiles, les vents soufflent un air doux et glacé, du même blanc que d'immenses steppes du nord. arMuta développe ainsi des pièces dont la mélodie s'absente parfois, et dont les sonorités s'étirent et voguent aléatoirement, capturant peu à peu l'esprit dans les fils d'une étrange chrysalide. D'autre part, le bonhomme ne lésine pas sur le caractère foncièrement abrasif de certaines rythmiques. Les breaks biberonnés au breakcore et les mélodies frénétiques et écorchées attestent de la brillante composition technique. Pris d'accès d'épilepsie, les glitchy beats s'abattent en pluie acide, et le décor soudain assombri, se teinte de sentiments menaçants et incertains. La lumière et la pénombre se frôlent, électriques, et c'est à leur farouche ballet que l'on assiste, muet. Dans un rayonnement translucide, la dimension acoustique et onirique se fond au sein d'expérimentations plus abstraites, qui affectent puissamment le cerveau et les sens. 

Les premiers titres de Sebilacotha relèvent d'une IDM à la composition envoûtante bien qu'assez classique. L'ouverture aérienne et finement parasitée de elqa welq est cinglée d'aiguilles sifflantes, tandis que le bullaire lew mnast, certes moins original, assure la transition vers un neqh troublant. Proche de l'ambient et de l'électronica, cette pièce représente à elle seule le versant pur, triste et beau de l'album. Alors que la grâce des notes se fait de plus en plus lointaine, le morceau s'achève sur d'aléatoires fissions du beat. La suite s'avèrera infiniment plus tortueuse, obscure et imprévisible. Le reflux synthétique de merrash ne semble obéir à aucune des règles qui régissent la physique, nhoatls se fait l'expression musicale du chaos d'un monde exclusivement cybernétique, libérant des décharges polyrythmiques épurées de toute trace humaine. Malgré un potentiel hermétisme, cette violente injection introduit somptueusement la puissance retenue de rolak awor. Ode au vide infini, la progression crispante et absolue semble ardemment ne jamais vouloir se suspendre. On s'élève toujours plus haut dans l'espace, faisant fi du vertige, et espérant naïvement apercevoir un jour un sommet. Il y a parfois du Nebulo chez arMuta. L'univers mental et les visions qu'offrent sa musique ont d'indissoluble que l'on s'y accroche avec ferveur et les yeux écarquillés. Le choc final, dekla, baigne dans un ambient flottant et crépusculaire. Des notes cristallines embrassent les ronflements gutturaux du beat, et lorsque les dernières gouttes de lumière s'éteignent, le silence a des airs d'orphelinat. 

 

Sebilacotha est un ouvrage aussi subtil qu'abyssal. Artyom Kramarev, en génie méconnu, sait faire naître des sensations atypiques, profondes, qui tenaillent et soumettent l'auditeur à sa merci. Entre chaleur blanche et sombres déchaînements mécaniques, cet album laisse à coup sûr quelques stigmates. Alors que le disque sort demain, saluons l'instinct de Raumklang Music pour ce voyage qui demande à être soi-même constaté. Grande révélation.

 

9.jpg

par Manolito

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Published by Chroniques électroniques - dans disque
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commentaires

Dourok 08/12/2010 23:24


Salut!

Je lis avec plaisir vos chroniques sur des artistes électroniques russes. J'aimerais en savoir un peu plus sur l'histoire de l'électro russe. Connaissez-vous les groupes phares, les pépites
méconnues ?
La scène IDM est-elle très active en Russie ? J'ai cru comprendre que ça commençait à prendre pas mal...
Merci pour vos chroniques en tout cas !

A+