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  • : Au confluent des musiques électroniques, du rap et des autres styles, ce blog, ouvert et curieux. Chroniques de l'actualité des sorties IDM, électronica, ambient, techno, house, dubstep, rap et bien d'autres encore...

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Vendredi 29 juin 5 29 /06 /Juin 11:08

Sortie : 18 Juin 2012

Label : Smallville

Genre : Deep-house

Note : 8,5/10

 

La deep-house est un cercle, la techno un carré. Ce raccourci, bien que réducteur, permet cependant de mieux comprendre la dynamique deep-house qui nous intéresse ici. Musique répétitive, s’enfermant volontairement dans des schémas narratifs sommaires et aboutissant à la formation inéluctable d’un cercle vicieux, la deep-house actuelle n’en demeure pas moins le plus solide viagra qui soit. Cette musique transpire le cul à chaque instant.

Depuis quelques années, la scène d’Hambourg nous gratifie régulièrement d’albums de hautes volées. Il faut dire que la ville habite le meilleur label du genre, Dial. Mais à côté de cette vénérable maison, se trouve Smallville (qui vient d’ailleurs régulièrement piocher chez les artistes voisins). Smallville c’est un savoir-faire indiscutable. L’an dernier, le label (présent aussi à Paris, dans les sous-sols du disquaire Ground Zero) nous avait ébloui avec l’intemporel The Story About You de Moomin (chronique ici), et l’année précédente avec la sieste crapuleuse d’Asper Clouds de Christopher Rau (chronique ici). Smallville prend son temps, se limite à un album par an pour une poignée de maxis. C’est à ça que l’on repère les grands, à ce respect profond de la musique et du public.

2012 sera donc l’année de Smallpeople avec un Salty Days qui ne déroge pas à la haute teneur qualitative du label. Bienvenu dans la deep-house d’esthète, dans une musique sachant transcender ses propres codes pour aboutir à des créations éternelles. Toute en rondeur, la musique du duo Smallville, formé par l’impeccable Julius Steinhoff et le plus discret Dionne, est une ôde au cool, le vrai. La basse est confortable, vous pouvez vous laisser aller sans crainte. Le temps de la paresse est arrivé, à vous cette ambiance jazz lointaine. Salty Days déroule ses 9 titres avec une nonchalance folle. Les corps se laissent aller, la partouze alanguie peut commencer.

Salty Days est une escapade lancinante, prenant sa source dans la house old-school, le cool jazz et l’ambient évanescent. Le piano, souvent présent, n’est là que pour appuyer en douceur les hands claps permanent, pendant que les nappes ne sont qu’une partenaire de seconde zone. Il y a comme une atmosphère surannée qui échappe de ce Salty Days, une atmosphère où il fait bon se lover.

Bien qu’immédiat, cet album n’en demeure pas moins d’une rare intelligence. And You And You a la malice de laisser trainer interminablement sa nappe ambient en arrière-plan, maintenant l’auditeur dans un état semi-comatique. Beauclair se révèle deep jusqu’au point de non-retour, arrivant progressivement à flouter l’ossature du morceau avant d’en faire émerger la lumière. The Loon’s Groove est un rêve éveillé, un délectable trip sous une serre tropicale. Je m’arrête là même si chaque morceau mériterait une étude approfondie. Ajoutez à cela un son d’une pureté folle, une limpidité générale indécente, et vous aurez compris qu’il ne s’agit ni plus ni moins que d’un bijou.

Est-ce une surprise de retrouver Smallville à ce niveau ? Non. Arriver à maintenir une telle régularité dans l’excellence reste à saluer. La fournée 2012 du label est un album flirtant avec la perfection. Salty Days de Smallpeople fera bien plus qu’accompagner votre été, soyez en certain.

 

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par B2B

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Mercredi 27 juin 3 27 /06 /Juin 13:48

Sortie : 18 juin 2012

Label : Delsin

Genre : Techno, électro

Note : 7,5/10

 

Niels Luinenburg officie derrière les platines depuis une poignée d’années. Plus connu sous l'avatar de Delta Funktionen, le hollandais fait partie de ces DJ misant sur une techno sourde et mentale lors de leurs sets. Récemment, il a sorti Inertia, mix terrifiant, vortex annihilateur. Mais ce qui fait la marque de Delta Funktionen, c’est son entêtement à puiser dans l’esthétique sonore des 90’s, chipant autant dans la techno de Detroit que la house de Chicago. Après une pluie de maxis, logique de retrouver notre bonhomme derrière un album, un vrai.

Traces risque d’en rebuter plus d’un étant donné le parti pris résolument old-school de l’entreprise. Les plus jeunes d’entre vous risquent fort de trouver cet album complètement anachronique, si ce n’est daté, et d’ailleurs, il sera difficile de les contredire. Niels Lunienburg n’en a rien à foutre des codes en vigueur du milieu techno, il préfère les contourner, les pervertir, les malaxer, pour mieux les ignorer. Le résultat est autant atypique que fascinant.

On pense souvent à la tentative de Kraftwerk de rendre les émotions robotiques tangibles, à l’électro 80’s synthétique de Drexciya à Afrika Bambaataa et à la techno de Detroit,période UR. Alors non, ce n’était pas mieux avant (ceux qui disent cela sont des vieux cons de conservateurs) mais force est de reconnaître que le mixage de Traces rend honneur à ce temps perdu. La qualité sonore de l’album est sa principale force. L’absence de compression permet de distinguer le moindre claquement, le moindre beat. L'album vit littéralement entre vos oreilles.

Moins techno qu’on aurait pu le croire/vouloir, Traces développe principalement des motifs électro synthétiques à l’image d’Enter, reposant sur la modulation infinie d’un son acide (la mythique 303 est omniprésente) pour aboutir à l’abandon physique et mentale. Et là où aurait pu poindre rapidement une certaine lassitude, l’effet inverse se produit, aboutissant à une transe antique. Le fait de se reposer principalement sur des motifs simples et des variations acides transforment l’album en objet incontrôlable. On l’observe se mouvoir seul dans l’espace, totalement ahuri par cette absence de compromis comme le démontre les 10 minutes libératrices d’On A Distant Journey.

A côté de cela, le bougre de Niels réussit tout de même à sortir 3 titres techno consécutifs malins et rugueux. L’enchaînement de Redemption, Target et And If You Know permet de se retrouver pendant 20 minutes en pleine trip temporel. Cette fois-ci, l’ossature est actuelle et convoque les démons de la techno sourde et suffocante avant de brillamment mélanger les genres en introduisant les sempiternelles élucubrations acides.

Avec Traces, Delta Funktionen envoie chier la totalité de la scène techno, démontrant qu’un pont est possible entre les 90’s et 2012. Le pari était risqué, il le demeure. L’album risque fort d’en dérouter plus d’un mais le voyage temporel audacieux mérite largement le détour.

 

http://minimalistica.org/wp-content/uploads/2012/06/Delta-Funktionen-%E2%80%93-Traces.jpg

 

par B2B

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Mardi 26 juin 2 26 /06 /Juin 02:05

Sortie : Mai 2012

Label : 12k

Genre : Musique concrète, Drone, Ambient

Note : 8,5/10

 

Simon Scott est un multi-instrumentiste quadragénaire établi à Cambridge. Sa vision de l'art sonore est le plus souvent maculée par sa sensibilité écologique et par la recherche des fusions électro-acoustiques. Si certains l'ont probablement connu sans le savoir au sein de Slowdive comme batteur entre 1990 et 1994, d'autres s'étonneront d'apprendre qu'il est celui qui dirige le méconnu mais excellent label Kesh. Ceux qui le suivent depuis longtemps se souviendront probablement de sa collaboration avec Dag Rosenqvist, et encore plus de ses deux albums chez Miasmah, label pourtant référence en matière de musiques sombres et dérangeantes. Reconnu à sa juste valeur par des pointures du genre comme The Caretaker, Tim Hecker, Lawrence English ou Library Tapes, Simon Scott a sorti le mois dernier son Below Sea Level sur 12k, propriété d'un certain Taylor Deupree.

 

Il existe un territoire à l'est de l'Angleterre qui se nomme les Fensland, les Fens pour les intimes. En dehors du fait que ce lieu est le paradis des carpistes et des pêcheurs de silures, sa principale particularité est de se situer en dessous du niveau de la mer. Inutile donc, de chercher de saugrenues explications à la signification du nom de baptême de l'album. Scott y a traîné quand il était môme, et a voulu retourner capturer la magie de l'endroit. Son oeuvre ne peut être qu'envisagée dans son enveloppe physique, accompagnée de son carnet de notes et de photographies, pour en saisir toute la démarche.

Les albums fêtant la beauté de Dame Nature à coup de field recordings plus ou moins bien captés pullulent en ce moment. Tant et tellement qu'on peut même perdre patience et intérêt envers la mare des naturalistes en herbe. De devenir aigri face à tant de productions estampillées Natures et Découvertes. Ou alors, il faut que ce soit bien fait, loin des clichés et des pseudos et faciles contraintes. Scott excelle dans l'exercice, avant tout dans son art de faire déborder les différentes couches de sons pour ensuite brouiller les champs visuels et auditifs, tel un aquarelliste virtuose.

Les accords de sa guitare trouvent toute leur profondeur dans leus aspects les plus dénudés, contrastant ainsi avec une réverb diluvienne et une multitude de traitements sur la matière brute. Car toute l'immense force de Below Sea Level est là. Dans le contraste et l'obsédante variation des textures. Dans la cohabitation des captures de pleine nature et les venteuses poussées numériques, et dans l'habile collision des matières analogiques, électriques et organiques. C'est sûrement lors du deuxième titre que la démarche acousmatique sera autant, et surtout si bien poussée. Même si la plus contemplative et plus dépouillée première pièce peut aussi prétendre à l'excellence. 

Mais c'est avant tout dans la manière de rendre terriblement riche une musique qui veut éviter toute surcharge que Scott se montre le plus convaincant. On pourra dire tout ce qu'on veut pour tenter de décrire l'oeuvre, sa sauvage puissance découle sans la moindre contestation des méthodes d'enregistrement extrêmement poussées. Pour évoquer la rupture, la faille temporelle entre les images que Scott a conservé de sa tendre enfance et la vision artistique lumineuse mais brumisée qui est la sienne aujourd'hui. Ses tableaux mouvants ne se connaissent pas de natures mortes, se chargent d'électricité statique et de bruit pas tout à fait blanc pour dérouter les oiseaux des cultures et du tracteur. Car même sans ses saisies de svelte coulis, de boite à musique d'une enfance trop vite passée, d'une moissonneuse et de vents contraires, Simon Scott manie l'épouvantail et le trompe l'oeil avec malice et génie. Son canevas abstrait de musique définitivement concrète déroule tout son enivrant mystère jusqu'à ce que la guitare faussement candide ne reprenne sa liberté de narrer. Des histoires de changements, de périodes évaporées face au progrès et à l'inaltérable roue du temps. La cinquième piste, ajoutera sons et images au vain propos. Même si les oiseaux sont les seuls spectateurs des mutations, de cette vision de re-fragmentation en un bloc des éléments. De cet aspect de corps, d'une extrémité d'aile à l'autre, qui n'existe que dans la pensée de celui qui écoute plus qu'il n'entend, pour ensuite se révéler dans ses aspects les plus palpables. Simplement fascinant.

 

Simon Scott réalise ici un chef d'oeuvre indispensable de musique exigeante. Une seule écoute au casque pour se faire piquer. Des centaines à venir pour y puiser d'innombrables trésors et détails cachés. Bien au delà d'une convenue recommandation. 

 

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par Ed Loxapac

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Jeudi 21 juin 4 21 /06 /Juin 11:04

Sortie : Mai 2012

Label : Self-release

Genre : Hip-hop

Note : 7,5/10

 

Parmi les beatmakers qui n'arrivent toujours pas à digérer la mort de J Dilla, Ta-ku lui est bien placé, son premier album 50 days for dilla rend hommage au maître. Notre compère, de son vrai nom Regan Mathews, fut de passage sur des labels californiens et a fait un récent petit tour sur le label allemand Project Moon Circle. Il est toujours difficile de percer dans le milieu de l'instru Hip-hop. Du coup les types publient régulièrment des mixtapes, contenant une dizaine de morceaux foutraques d'une ou deux minutes. C'est notamment le cas de Knxwledge, excellent beatmaker, californien comme Ta-ku, que j'aimerai également chroniquer un jour. Mais il faut déjà pour cela qu'il nous sorte des releases dont la durée totale dépasse les dix minutes. Ici Ta-ku nous lâche un contenu de seize morceaux, plus d'une demi-heure de beats assez bien foutus. Une suite de son premier volume du même nom sorti en janvier.

On sent que le tout est réaliser à la boîte à rythme, sans pression, entre un café et un croissant. Le bonhomme fignole bien sa besace. Ses samples sont propres et sûrement pas issus de MP3 découpés avec Audacity. Son style est parfois plus que classique, #dusty 20 ou #dusty 30 pourraient être une base pour n'importe quelle rappeur de la planète. Cette façon d'utiliser les cuivre pourrait être attribuée à Jay-Z. Mais je n'ai finalement pas grand chose à reprocher à cet album de Hip-hop instrumental, n'essayant pourtant pas de sortir des sentiers battus. Le groove de Ta-ku redonne le sourire. Tu peux lire ton journal pépère, te fumer une clope sur ton balcon de bobo, tu verras la vie est belle.

Citons entre autres, comme des numéros de loto : #dusty 24, son hit-hat strident, son sample de voix bien trouvé, ce bougre de rythme ternaire. #dusty 25 pour ce mélange entre une voix soul et cette musique d’ascenseur, nous prouvant pour une fois que prendre les escaliers c'est louper du bon son. #dusty 27 et #dusty 29 me rendent nostalgique de la bonne époque Ninja Tune. #dusty 34 reste la bombe de cette poignée de morceaux avec cette petite voix qui vous murmure :« You're not afraid ».

 

En fouillant dans ses disques et ses dossiers, on retombe souvent sur des albums qui nous semblent encore inconnus, des disques qui ne sont pas sortis au bon moment de notre vie, délaissés dans le bordel. Il y a quelques temps, j'aurais pu facilement annoncer, sur une seule écoute éclair, que Ta-ku est inintéressant. Malheureusement, c'est un peu plus complexe que cela. Ces beats raffinés et bien produits s'écoutent et se digèrent très facilement. C'est peut-être mieux de se vider la tête sur ce genre de musique, plutôt que de regarder de la télé réalité. Question d'éthique.

 

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par Pneu


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Mercredi 20 juin 3 20 /06 /Juin 19:35

Sortie : Avril 2012

Label : Self-release (?)

Genre: IDM, Glitch, Acid

Note : 7/10

 

Avant d'écrire cette chronique, je me demandais si cela valait vraiment le coup de parler dun énième album d'IDM classique, style qui s'épuise et qui peine à se renouveler. Squarepusher a entraîné une vague de désespoir chez les fans du genre il y a quelques mois. L'alternative que je propose ici n'est pas parfaite, mais voilà j'ai été assez satisfait par une trouvaille, un nommé Gareth Clarke. Noyé dans un coin du web, Bandcamp pour faire dans l'original, l'anglais se démarque par ses rythmiques badasses et ses changements d'ambiances au sein d'un même morceau, lui conférant un vrai atout technique.

 

Entre les diverses incursions badasses du breakcore et de ses synthés acid, le voyage se réalise avec hâte, pour les pressés, ceux qui n'ont aucune seconde de silence à perdre. Après c'est effectivement relou d'écouter un album pour se dire à chaque morceau : « On dirait du Plaid... ». Je suis pas dépité pour autant, la qualité d'un morceau comme Summum Bonum réside aussi dans ces beats pêchus et ses mélodies en évolution constante, balayant la banque d'effets et de synthés de n'importe quel logiciel, aptitude relativement remarquable il faut le dire. Pas de réel coup de cœur ne s'est dessiné pour ma part, seulement des passages, des breaks sortis de nulle part, complètement démonstratifs, qui donne envie de revenir sur les quelques secondes intéressantes du morceau. Gareth Clarke dépose tout le monde comme un forcené, montrant qu'avec un peu d'envie tout est possible en musique électronique, la notion de talent reste une valeur bourgeoise.

Toujours sur fond de sonorité nippon et de console 8-bit, un morceau comme Folie à Deux reste intéressant dans sa dimension aérienne et légère, atmosphère pourtant typique dans l'IDM, qui tout le long de l'album tombe rarement dans le fastidieux. Mais quand la fin de l'album arrive, on est plutôt réjoui, pensant que le gimmick de l'artiste possède une limite inévitable. Tu ne peux pas me faire un morceau juste en me changeant la mélodie, puis le beat, puis la mélodie, etc... Et toute la problématique de l'IDM est là selon moi. C'est que finalement en voulant se pointer comme une musique très évolutive, elle évite souvent un minimalisme jouissif et préfère noyer le poisson dans l'eau. En voulant nous montrer sa palette de couleur dans son intégralité, elle nous barbouille de peinture son tableau. Un peu comme des enfants qui en mélangeant toutes les couleurs se retrouvent avec une couleur marron dégueulasse (en même temps c'est ce qu'il a fait pour la pochette de l'album). Les grands de Warp Records réalisaient souvent des morceaux barrés pour l'époque mais quand il s'agissait de faire des choses simples, ils répondaient souvent avec brio. Quand je disais du bien de Culprate il y a quelques temps, je me rends compte aujourd'hui qu'il possèdait les même atouts et défauts des compositions de Gareth Clarke. Par exemple, Gareth étonne par une entrée Hip-hop délirante dans son morceau Born In The Caul et vient s'écraser sur des arpèges mélodiques complètement banals et déjà vus. L'illusion réside ici. Une vraie variation s’opère généralement sur le moindre détail et non sur la totalité du contenu du morceau. Je vais un peu trop loin là, mais c'est vraiment pour montrer comment un album prometteur révèle finalement une artificialité dans sa construction musicale, limitant vraiment l'appréciation du disque.

 

J'ai toujours du respect pour tous ces artistes qui se forcent à produire des morceaux complets et des albums garnis. Ceux qui se foutent pas de la gueule de leur public. Ces chroniques sont un peu là pour les remercier. Alors voilà, a défaut d'innover, cet album est bourré d'adrénaline sur treize morceaux avoisinant chacun les cinq minutes. Chaque piste contient son lot de rebondissements certes parfois prévisibles. Mais les premières écoutes restent cependant fascinantes. Un deuxième album réussi, pour un artiste qui continuera d'évoluer de son côté, mais qu'on oubliera rapidement.

 

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par Pneu

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Mercredi 20 juin 3 20 /06 /Juin 00:59

Sortie : 21 juin 2012

Label : Hymen

Genre : OST, Sound Design, Ambient

Note : 8/10

 

C'est presque étrange de devoir appeler Hecq par son vrai nom : Ben Lukas Boysen. Lui qui fut un des rares artistes à raviver les flammes de l'IDM au milieu des années 2000, lorgnait depuis déjà quelques années sur les berges difficiles et dévaluées du sound design. On ne cite que trop rarement ses oeuvres ambient comme 0000 et surtout Night Falls, à côté de son récent et dernier éssai dubstep Avenger (ici). Toujours est-il que le génie de Hecq ne peut souffrir d'aucune contestation. Il fut probablement l'artiste qui contribua le plus à l'assise de Hymen Records (avec Venetian Snares, Beefcake et Gridlock). Restive n' est pas la première B.O à laquelle il participe, mais c'est bien un baptême sur un aussi long format, bénéficiant d'une telle exposition. Il faut dire que le film y est pour beaucoup, après sa projection au Raindance festival et des critiques aussi tranchées qu'aux antipodes. Ben Lukas Boysen s'est cette fois-ci adjoint les services du virtuose et adulé Nils Frahm, égérie de ceux qui découvrent le moderne classical seulement aujourd'hui. Le pianiste allemand n'est crédité que pour ce qui est du mastering (de qualité extrême) et pour le dernier titre. Son ombre aussi longiligne qu'élégante, plane pourtant sur Restive tel un voile sombre et feutré.

 

Il est toujours très ardu de dissocier une BO de la véritable toile. Encore plus quand on a pas vu l'oeuvre cinématographique et que sa partie musicale peut se réclamer de l'ambient certes, dans sa dénomination générique, mais surtout de canevas et de superpositions électro-acoustiques lourdes et obscures.

Restive aborde un thème difficile, largement commenté par les politiques et les médias, plus rarement par ceux qui le vive. Je parle de la violence conjugale, dans ce qu'elle a de plus complexe et de cru. Il semblerait également que le film dépeigne les instincts maternels et de survie avec une certaine mais pudique violence. Pas bien compliqué de lire le synopsis ou le dossier de presse communiqué par le label. Il serait peut-être un brin présomptueux de dire que la musique se suffisait à elle-même pour suggérer le thème. Prenons le risque, parce qu'aussi troublant soit-il, c'est vrai.

Il y a un adage qui dit qu'on fait du mal à ceux qu'on aime, mais il oublie surtout de dire qu'on aime ceux qui nous font du mal. Le film de Jeremiah Jones et la BO (puisque c'est avant tout de celà dont il est question) illustre cette tension magistrale qui ne sombre pas dans le voyeurisme, ce spasme éternel qui secoue les intérieurs les plus solides comme des coques de noix à la dérive. Toujours avec ambivalence et retenue, la musique dévoile la force et la complexité des scènes comme des vignettes instantanées et malmenantes.

Car au milieu de ce conclave d'infra-basses et cet empilement de cordes et de drones dénués du moindre espoir, surgissent parfois les lueurs d'une compassion ambiguë, même si on ne sait jamais à quel protagoniste elle se destine. Avant tout sur Jeva et Sorry. On devine sur le dernier cité l'apparition du piano de Nils Frahm, pleine de cette beauté simple et dépouillée qui donne envie de s'y pendre avec bonheur, comme dans des bras aptes à réchauffer les plus inavouables conflits intérieurs. Parce que les bourreaux sont parfois aussi des victimes, et que leur seule culpabilité de céder au pire ne suffit pas à émettre de démagogiques jugements, la violence subie et perpétrée s'exprime en musique, mais dans ce qu'elle a de plus terrible et de plus humain. C'est probablement ce qui rend l'album aussi dérangeant.

Parce que les passages relatant de traques et d'enjeux sont les plus nombreux. Avec cette apparition subite et brutale des drums pour annoncer la sentence funeste des coups à venir, ces réacteurs venus d'un sol ne révélant aucune tranchée où se recroqueviller dans un mince élan foetal de survie; l'enchaînement entre le très affûté Premonition et le glaçant Grave, en passant par le littéralement décharné Junkyard saisissent les tripes comme un noeud coulant constitué de barbelés. Ou comme lorsque on ne peut que sentir le maintien de sentiments ténus, venant des émanations putrides qui jaillissent de la pure et opaque réverbération de Bag et Pals, la musique cherche le point de rupture, la saturation, avec justesse et presque même du vice. Voilà pourquoi probablement, le plus beau et le plus ambivalent morceau se nomme Poison.

Parce que malgré son caractère définitivement terrifiant, la musique de Restive relate une histoire d'amour, où les personnages s'aiment aussi mal que trop, jusqu'à en oublier leur existence individuelle. Même si le sound design est froid et implacable comme une prod Ableton, c'est bien là que réside tout le tour de force. Dans cette capacité à surélever le sentiment au dessus de l'abîme. La fermeture de Nils Frahm, dont les bruits des pressions des touches et des pédales font partie intégrante d'une mélodie belle à pleurer (comme l'allemand en faisait à l'époque de Wintermusik) renforcera ce bouleversant état de fait.

 

Restive est donc une oeuvre aussi sentimentale que terrifiante. Même si elle ne révélera tout son véritable potentiel qu'une fois noyée dans le support visuel, elle réunit deux monstres sacrés des territoires ambient, qui seraient bien inspirés d'élargir leur champ de collaboration. Rappelons comme souvent que le format mp3 est ici banni pour saisir toute la sève obscure d'une oeuvre qui ne pourra que bénéficier d'une installation solide, pour éviter les sensations de radiateurs qui suintent.

 

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par Ed Loxapac

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Lundi 18 juin 1 18 /06 /Juin 14:26

Sortie : Mai 2012

Label : Comatonse

Genre : Deep-house

Note : 8,5/10

 

Impossible de passer une année entière sans que je vienne vous parler, à un moment donné, de DJ Sprinkles, aka Terre Thaemlitz, meilleur producteur house en activité. Deux chroniques d’album dans nos lignes et deux 9/10 dans la poche, premièrement en 2009 avec le sublimissime Midtown 120 Blues (chronique ici), deuxièmement en 2011 avec la réédition de Routes Not Roots sous l’entité de K-S.H.E. (chronique ici). Je vais éviter de vous refaire le coup de la bio, d’autant qu’avec Terre Thaemlitz l’entreprise est des plus complexe. Résumons cela en quelques tags réducteurs : androgyne, fagjazz, politique, lancinance, Japon, sexe.

L’annonce de la sortie d’un EP avec Mark Fell ne pouvait qu’augurer du meilleur. Mark Fell faisant lui aussi partie de la crème des créateurs house, dans un registre résolument plus difficile d’accès. Les trop rares personnes ayant écoutées l’hermétique, mais fascinant, Multistability (évidemment sorti sur Raster Noton) peuvent en témoigner. Mais Mark Fell est davantage connu pour ses expérimentations électroniques avec son comparse Mat Steel, sous l’entité SND à l’aube des années 2000.

 

Je ne vais pas épiloguer trois plombes sur Complete Spiral EP (sortant sur l'exigeant label Comatonse), la bête se résumant à trois titres, mais quels titres !

La rencontre entre nos deux génies tient ici du miracle. Le résultat est une deep-house répétitive, prenant racine dans l’esthétique house 90’s et l’idéologie contestataire des 80’s. Complete Spiral est un EP affichant clairement son aspect revendicatif. Ainsi, Say It Slowly (N.U.M. mix) utilise un discours de l’anglais Arthur Scargill, ancien leader syndical du National Union of Mineworkers qui avait tenu tête à Margaret Thatcher en 1984-85 lors de la terrible grève des mineurs. L’allocution d’Arthur Scargill apparaît en filigrane du morceau, habitude chère à Terre Thaemlitz qui sait qu’un monologue susurré a plus d’impact qu’une violente diatribe, puisque réclamant une attention totale. Le discours se trouve donc submergé par un beat épais, annonçant une house minimaliste et répétitive, avant qu’une nappe lointaine, à peine perceptible, ne viennent parachever l’ensemble. Lorsque le morceau se conclut sur les mots « I hate capitalism », nous sommes prêts à fomenter une insurrection.

Say It Slowly (Hee-Haw mix) prend les rênes. L’ossature est identique au précèdent titre mais le discours s’efface pour laisser place à une voix lointaine et ultra-sexuée. La sève peut monter.

C’est à Complete Spiral de clôturer ce trop court voyage. Ce bijou de plus de 12 minutes est exemplaire de sobriété et d’intelligence. On sent davantage la marque de Mark Fell dans la façon d’agencer avec une précision chirurgicale, et de manière quasi-nonchalante, les différents éléments. Entre deep-house et soul, la moiteur devient étouffante et la lancinance absolue. Les ravages sur le corps risquent d’être irrécupérables.

 

Complete Spiral EP vient démontrer qu’une collaboration peut parfois déboucher sur une pépite. Aussi courte soit ce partage entre DJ Sprinkles et Mark Fell, n’hésitez pas une seule seconde. Des EP house aussi brillants, il en tombe très rarement.

 

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par B2B

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Vendredi 15 juin 5 15 /06 /Juin 10:52

Sortie : 20 Juin 2012

Label : Crosstown Rebels

Genre : House, deep-house

Note : 7/10

 

C’est vrai que l’on chronique rarement des albums de house (ou techno) uniquement destinés aux clubs. Ce n’est pas que je trouve cela infréquentable mais plutôt que ces albums ont une fâcheuse tendance à viser l’uniformisation pour les masses. On se retrouve dans 99% des cas avec des albums poussifs, interchangeables et manquant de singularité. Alors pourquoi s’attarder sur le nouvel opus de Jamie Jones ? Parce que, même s’il ne s’agit pas d’une révolution à proprement parler, force est de constater que le bougre sait foutrement y faire.

Je n’avais pas été convaincu par son premier opus, Don’t You Remember The Future, sorti en 2009. L’exercice house recelait certes quelques pépites, dont l’orgasmique Summertime, mais dans l’ensemble, cela demeurait pantouflard. Depuis, Jamies Jones s’est offert une notoriété indiscutable. En écumant les clubs depuis 3 ans, l’anglais a acquis un sérieux savoir-faire. Pour l’avoir vu plusieurs fois aux platines, je peux en témoigner et affirmer qu’il fait actuellement parti des meilleurs DJ house. Ces 3 ans lui auront permis de dompter une foule, la contrôler, la malaxer, la triturer, de s’en servir comme cobaye pour expérimenter. Le résultat se présente sous la forme d’un nouvel album, Tracks From The Crypt.

12 titres et pas un seul interlude ou morceau bouche-trou, 12 titres house dont l’unique but est de vous forcer à danser. Et là où logiquement, les mots « simple » et « efficace » apparaissent comme des termes vulgaires, on observe un retournement des tendances pour apprendre à apprécier la facilité. Tracks From The Crypt ne s’emmerde pas avec la complexité, loin de là.

On retrouve ce groove implacable, si symptomatique des productions de Jamie Jones, cette bassline vous collant au mur et cette attitude résolument old-school. L’emballage est minimaliste et a pour but de vous cueillir à chaud avec une simple variation à mi-course. L’asservissement du corps est alors total et votre esprit noyé. Mais là où Jamie Jones surprend c’est dans le rétrécissement du spectre lumineux. Lui, qui avait pour habitude de toujours nous laisser entrevoir la lumière, a décidé de jouer la carte de la désillusion. Ainsi, la grande majorité des morceaux installe une ambiance désabusée, forçant les danseurs à miser davantage sur l’introspection que sur l’explosion collective.

L’album déroule ainsi ses tracks house nonchalamment et avec aisance jusqu’à mi-parcours avant de s’envoler le temps de trois morceaux imparables. Jamies Jones réveille alors l’axe new-yorkais sur l’ultra-sexué Stems From Hackney avec son beat étouffé, avant de nous terrasser sur place via la puissance contenue de Frequencies. Le gluant et vicelard Over Each Other (featuring Livia Giammaria) se chargeant de clôturer le triptyque. Jamies Jones peut alors dérouler sur la fin, de toute façon, vous avez eu votre dose.

Pourquoi faire compliquer quand on peut faire simple ? Tracks From The Crypt démontre que parfois, simplicité n’est pas synonyme d’absurdité. Jamie Jones connaît tellement ses gammes que réussir à sortir des tracks aussi évidentes ne peut que susciter la convoitise et le respect.

 

http://www.street-rules.com/wp-content/uploads/2012/04/jamie-jones-tracks-from-the-crypt.jpg

 

par B2B

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Mercredi 13 juin 3 13 /06 /Juin 23:41

Sortie : mai 2012

Label : Dark Clover / Origami Sound

Genre : Burial

Note : non noté

 

Il paraît que Volor Flex est russe, et c'est bien tout ce qu'on sait à peu près de lui. Il fréquente le label roumain Dark Clover et il aime bien Burial. Tant et tellement qu'il semble lui vouer un véritable culte. Le type ne peut même pas dire qu'il officie dans le post-dubstep/UK Garage/2-step mes couilles, puisqu'il copie littéralement le mystérieux William Bevan de South London. Pour s'attaquer à ce que certains appellent un mythe, faut soit être inconscient ou avoir des couilles d'ours. Son premier album, Tramp, déjà sorti il y a six mois en digital chez Dark Clover, annonçait la couleur sans le moindre scrupule. Au-delà du constat que tout le monde partage, posons nous une question un peu plus poussée. Volor Flex n'est-il qu'un vulgaire copycat ? Et encore mieux. Burial ne mérite-t-il pas d'être copié ?

 

Je dois le dire tout de suite, la musique de Burial ne m'a jamais touché. J'ai toujours pensé qu'il fallait remettre le dubstep dans le contexte générationnel des années 00 et de la musique dématérialisée. Burial, même si il a révolutionné le genre en 2006, n'échappe à mon sens pas à cette conclusion. Même complètement inconsciemment, un artiste s'inspire toujours de ce qu'il croit connaître ou apprécier pour sculpter sa propre matière. On ne va donc pas blâmer Burial pour ça. C'est juste que quand tu t'es pris dans la gueule les expérimentations de Lee Perry (dans son Black Ark des 70's, avant qu'il ne le crâme) sur un quatre piste et en une seule prise, la soul Bristolienne de Massive Attack ou Tricky et le Modus Operandi de Photek (un des dix meilleurs albums électroniques de tous les temps), t'as un peu de mal à t'extasier pour si peu. Si je n'étais pas moi même, je dirais que c'est loin d'être mauvais, juste complètement surévalué. Même si je me fais toujours niquer (après ptet 843 écoutes) par les titres U Hurt Me, Near Dark et Untrue (et même Archangel, c'est pour dire), je ne peux m'empêcher de sourire comme un aigri péremptoire devant l'intégration de la voix de Junior Reid sur Broken Home. En dehors de la certes révolutionnaire et ludique utilisation de Soundforge, tout celà n'est-il pas un peu facile ? Vu que j'essaie chaque jour un peu plus de me guérir d'une certaine "excessivité", posons la question autrement. Burial, rythmiquement et dans le fond, c'est pas un peu tout le temps la même recette ? Skank hérité des jamaïquains, samples de voix mielleuses (presque R&B quand même), vagues ambient pas très poussée, atmosphère pluvieuse et mastering qui semble avoir été hébergé dans une crack house. Il faut avouer qu'il parvient à transmettre quelque chose de réellement émotionnel à travers ses chroniques de la violence ordinaire, ses effluves urbaines et mélancoliques qui semblent venir de sous l'asphalte. Alors oui, merci pour ça. Il n'a sans doute pas souhaité le tourbillon qui a suivi son avènement, tous comme les éternels suiveurs de la scène dubstep ambient. Seulement voilà, personne n'avait prévu qu'un jour, un jeune russe pousserait le vice si loin, et surtout si bien.

 

Volor Flex n'a pas pris de risques. Il a mis le paquet sur la production et l'affinage des textures. Rendant son plagiat assumé probablement beaucoup plus lisse et propre que l'original. Alors oui, y a des moments où c'est excessivement grossier. De par la présence de la sacro-sainte pluie Burialienne, et de par l'intégration d'une nuée de crépitement de vinyles un peu trop grandiloquente pour être véritablement honnête. Mais quel talent quand même dans l'orchestration (je sais pas si c'est le mot juste) des intros et des interludes agrémentés de piano plaintif (Foretime et Inexplicable Thing). A l'ombre de la copie, Volor Flex s'est trouvé une mélancolie toute personnelle, et un vrai talent pour ce qui est de distiller des décoctions ambient (Forsaken). Pour ce qui est des claudiquant contretemps, c'est archi texturé encore une fois et divinement bien soigné, même si ça sent sévèrement l'hommage. Ce sera encore plus flagrant sur True Faith, et son sample de voix de gamine transie par l'absence de pitié de la vie.

C'est un album finalement très difficile à chroniquer, parce que qu'on le veuille ou non, on en revient toujours à l'inspiration volontaire et assumée de départ. On aurait pu sortir de cette ornière sur l'excellent et lumineux (au sens propre) Fake Love, si il n'avait pas posé sur les voix ces filtres vraiment loin d'être indispensables. On se consolera par contre sans demi mesure avec le rampant et ambigu Last Night, d'où la nuit laisse échapper des vagues isolantes et des pianos voilés.

Une porte grinçante s'ouvre sur My Story, autre belle copie qui se veut améliorée et qui aurait eu plus que sa place sur Untrue. Si la légende est plus belle que l'histoire, publies la légende. C'est ce qu'a fait Volor Flex, avec sans doute une plus ou moins consciente volonté de la sublimer. A plusieurs reprises, il n'en sera pas loin, à grand renfort de partie de piano et d'ambient nocturne et nébuleux. Il y a par contre d'autres moments où il se perd en route, dans sa volonté de couvrir le mythe de poussière tout en perpétuant l'hommage. C'est tout de suite là beaucoup plus foireux (l'inaudible Shame). L'oeuvre se clôturera, après plus d'une heure de formats courts quand même, sur un Repulsion grossièrement dubbé. Dommage.

 

Je n'aime pas la musique de Burial. Je ne vais donc pas dire que celle-ci est bonne, dans un malhonnête aveu de vouloir me payer maladroitement le mythe. Mais c'est par moment loin d'être une simple et pâle copie. Ceux qui idolâtrent Burial aimeront probablement cet album si ils sont honnêtes avec eux même et qu'ils parviennent à pardonner l'affront. Faute de grives, les pigeons boufferont du beau merle. Mais il ne faut pas prendre les oies du bon dieu pour des canards sauvages, si succès elle remporte, la musique de Volor Flex devra rendre l'âme à qui elle appartient.

 

http://www.dubstepforum.gr/site/wp-content/uploads/2012/05/Volor-Flex-My-Story.jpg

par Ed Loxapac

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Mardi 12 juin 2 12 /06 /Juin 21:53

Sortie : juin 2012

Label : Hymen

Genre : IDM, Glitch, Sound Design

Note : 8,5/10

 

Simple abréviation de son nom véritable Philippe Vandal, VNDL est un jeune canadien francophone très prolifique, qui porte le marcel aussi bien que j'arbore le slim, et qui surveille actuellement de très près la révolte étudiante canadienne. Après avoir participé au bordel monstre qu'était la compilation de remixes du Consume Adapt Create de Architect, il s'est positionné vers des netlabels reconnus comme Abstrakt Reflections (pour Something For Someone) et plus récemment Executive (pour le bien plus prometteur Triptyque). Ces deux releases sont encore aujourd'hui disponibles en libre téléchargement. Je fus très surpris (pour des raisons que je vais développer) d'apprendre qu'il signait son premier album chez une renommée et crédible maison bavaroise. Un peu moins que notre Frank Riggio national se charge du mastering. Enfin bref, Gahrena est sorti aujourd'hui chez Hymen, et c'est une excellente surprise.

 

Je dois avouer que j'étais plus que sceptique sur le potentiel de VNDL. Je n'ai certes pas l'oreille absolue et je m'efforce chaque jour un peu plus d'accepter (à défaut de respecter) le goût des autres. Je trouvais surtout qu'il représentait très bien ces jeunes insatiables beatmakers qui s'efforcent surtout de démontrer ce qu'il savent et peuvent faire, souvent au détriment d'un rendu final plus technique que réellement passionnant d'un stricte point de vue musical. Je trouvais aussi que ses nobles influences, Gridlock et Nebulo en tête, avec un soupçon d'Access To Arasaka, étaient beaucoup trop visibles pour qu'il puisse tracer son original sillon. Il faut probablement mettre ça sur le coup de la jeunesse. Puis, il semble que le jeune québécois ai découvert les barons virtuoses des compositions abstraites et électro-acoustiques, comme Christian Fennesz, Keith Kenniff ou Lawrence English. Cette ouverture à de nouveaux horizons, plus musicaux et plus aboutis, a visiblement étoffé sa culture mais surtout sa propre palette de sons. Parce que la grande qualité de Gahrena se situe bien plus loin que de naïves promesses ou d'un statique et éternel potentiel.

 

Le qualificatif le plus adapté après les premières écoutes est sans doute "recherché". Avant même réussi. Car le jeune canadien se livre ici à une vraie quête sonique pour maintenir les courants de sa musique en vie, en mouvements permanents. C'est surtout son utilisation des guitares, en tension parmi les chocs de l'échantillonnage et les parasites, qui souffle ce vent frais sur une "IDM" actuelle. On ne soulignera forcément pas assez le travail de Riggio au niveau du mastering, pour donner substance et équilibre à toute cette réverb', enveloppante et omniprésente tout au long de l'opus. Et pourtant, il y avait toutes les chances pour que ceci vire à la branlette.

On ne compte plus les artistes (il n'y a pas qu'eux, la société s'en charge très bien) qui tentent de maintenir en place le diktat du rasage à blanc pour mieux reconstruire. Les édifices, ou les paysages, puisque c'est ainsi qu'il faut les baptiser sont certes propices à la contemplation béate, mais les superpositions sont aussi solides qu'elles sont mouvantes, et ne chancellent jamais vers l'onanisme synthétique. Les trois premiers titres (l'introduction s'ouvre comme un hommage très original  et à peine masqué à Gridlock) surfent avec les limites et les saturations, avant que l'indispensable et tout en sursaut Bragg (avec Nebulo, tiens tiens...) ne vienne écarquiller les yeux et les conduits des derniers sceptiques. Certains observateurs éclairés lui trouveront, plus sur la forme que sur le fond, une certaine ressemblance avec Code Inconnu (issu de l'inaltérable compilation When Light's Drillin the Haze, concoctée par nos soins et disponible ici).

Les guitares de VNDL savent se montrer parfois plus discrètes, et la dominante électrique souhaitée revêt alors les contours d'un sound design idéal pour chiller devant les tourments du monde extérieur. Ou comme quand les beats de Novar, s'abbatent sur l'asphalte tels des bombinettes gorgées d'électricité statique. Y a bien que l'électricité qui peut se réclamer du terme, jamais le thème principal ne se repose sur lui même. Voilà pourquoi le dernier tiers du morceau vient révéler des trajectoires inespérées et vrillées.

Il faut aussi souligner le placement anarchique mais très subtil des remixes qui apportent un vrai plus à l'album. Sûrement parce que VNDL a très bien choisi ses complices du jour. Le souvent excellent Offthesky délivre ici une version de Nikohn extrêmement onirique et ouatée. Je suis peut-être un peu moins fan du Novar de C0ma, même si son placement peu après le diptyque Recycle Theory est particulièrement pertinent.

Parlons-en d'ailleurs de Recycle Theory. Ses régurgitations numériques et cybernétiques rappellent un peu tout ce qui me déplaisait à l'époque, mais le caractère définitivement plus abouti de la production éfface un peu les aspects un peu déjà entendus des bourrasques intestinales de la matrice. Pleq, dont on n'avait pas parlé depuis longtemps, apaise un peu ses nouvelles velléités acousmatiques (pas complètement non plus) pour se livrer à un exercice dans lequel il a toujours excellé, la collaboration nébuleuse et opaque. Night At Slaeg est donc à retenir du côté des plus belles réussites.

L'excellent Yanide, fermera ces électriques tribulations en redonnant à la guitare sa liberté d'expérimenter. Les plus imaginatifs pourront même y voir de vieux jouets de l'enfance s'articuler et renaître de leurs cendres cristallines. Magnifique.

 

A ma grande mais plus qu'agréable surprise, VNDL livre ces jours-ci l'album d'IDM qu'on attendait plus cette année. Grace à un mastering et à des invités de grande qualité, mais surtout grace à une technique enfin mise au service d'un ensemble musical hypnotique qui ravira les contemplatifs aptes à s'électriser. En somme, un album plus que recommandé.

 

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par Ed Loxapac

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Lundi 11 juin 1 11 /06 /Juin 02:03

Sortie : mars 2010

Label : Glacial Movements

Genre : Ambient, Glitch

Note : 8/10

 

Pjusk est un duo norvégien, composé de Jostein Dahl Gjelsvik et Rune Andre Sagevik, qui a fait ses premières armes sur le label 12k de Taylor Deupree. Pas des moindres, car Sart et Sval sont des pépites ambient givrées comme il en existe peu. On les retrouve aujourd'hui sur le label italien Glacial Movements, à l'identité aussi parlante que marquée. La rencontre ne pouvait donc que se faire, tant les univers respectifs creusent le même sillon : hermétique et glacé. Si la chronique ne paraît qu'aujourd'hui, c'est parce qu'il a fallu longtemps à cet album pour arriver dans nos mains dans son enveloppe physique et glacée . Tele veut dire en norvégien "eaux souterraines gelées". Vaste programme peu adapté à la période presque estivale. Encore que.

 

Si Fnugg et surtout Gneis semblent entamer une descente sans cordes ni baudrier vers les profondeurs d'un glacier, l'ensemble à venir sera loin de se montrer aussi isolationniste et claustrophobique qu'on voudrait bien le croire. Avant tout parce que cet album est habitée d'une lumière blanche et aveuglante, comme on en trouve aux abord des glaciers qu'abritent les montagnes norvégiennes. L'atmosphère et les textures sont friables et suintantes. Il est recommandé de se jeter les poumons grands ouverts vers l'air pur hébergé dans ces sous-terrains. De s'abreuver des eaux qui ruissellent au creux des noeuds de stalagmites.

L'ambient pur, si il ne veut pas sombrer dans la chienlit rythmique absolue, se doit de déployer un soundscaping enivrant et enchanteur. Il peut alors s'appuyer sur des drones rugueux et massifs ou un sound design "cryogénisant" en clair obscur, comme sur le radical et oppressant Flint.

Si on pouvait déceler certaines ombres opaques d'un jazz abstrait sur Sart ou Sval, on note cette fois-ci que le duo a opté pour des echos plus dubbés, et pour une démarche gentiment psychédélique, comparable à celle de certaines oeuvres d'une autre référence ambient : le label lyonnais Ultimae.

Si les infra-basses vertigineuses de Skifer installent un climat plus déséquilibré, ce titre signe aussi dans les glaces l'épitaphe des textures oppressantes de la première moitié de l'album, pour asseoir un peu plus la dominante immaculée des textures à venir. Comme pour Krystall, où une pulsation quasi cardiaque, fera office de beat qui respire au milieu du dédale spéléologique au pays des fjords.

Granitt, et son beat inquisiteur induit une fausse piste mais ouvre la voie du contraste et des atmosphères fragiles et friables qui font la beauté de cet album, rappelant ainsi une autre réussite ambient de cette année : Floods de James Murray (ici).

Le souffle terrestre de Kram, agrémenté de guitares traitées, se joue des silences et rappelle le goût des contrées sauvages à notre bon souvenir. Il est temps de revenir à la surface ou de succomber à la sauvagerie des profondeurs comme le Jacques Mayol interprété par le sémillant Jean Marc Barr dans Le Grand Bleu. Un interlude de 2'13 suffira pour que vous fassiez votre propre choix. Le somptueux Polar, à s'y ensevelir pour une hibernation éternelle et sereine au sond des drones échappés d'un sémaphore, sur un lit de percussions exotiques et digitales. Un nectar pour l'esprit et le corps, aux vertus curatives pour ceux qui souhaitent traiter leur claustrophobie potentielle.

 

Si je devais faire un maigre reproche à cet album où rien n'est à jeter, je dirais que le mastering trop harmonieux ne laisse pas suffisamment de place à des micros éléments du second plan, qui auraient ajouté un certain contraste à l'ensemble. Pjusk signe ici une oeuvre limpide et radicale qui comptera parmi les plus belles réussites ambient de l'année. De quoi surveiller également de près les prochaines sorties de Glacial Movements. C'est pour très bientôt, avec la chronique du tout aussi abouti Descending Into Crevasse des italiens de Retina.it

 

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par Ed Loxapac

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Samedi 9 juin 6 09 /06 /Juin 00:52

Sortie : mai 2012

Label : Facture

Genre : Ambient, Modern Classical

Note : 7,5/10

 

Alex Smalley et Svitlana Samoylenko sont les deux parties qui composent Olan Mill depuis 2010 et leur premier album Pine, sur le trop rare label Serein (abritant déjà Nest et Konntinent). Cet opus avait généré une confidentielle mais certaine émulation autour de leur nom. Des sites aussi renommés que crédibles comme The Silent Ballet, Fluid Radio (forcément) ont vivement salué ce nouvel album à sa sortie. L'illustre Textura lui a même offert le titre d'album du mois de mai. Autant de raisons qui forcent Paths à trouver sa place aujourd'hui dans nos lignes. Il est sorti sur le très jeune et calme label Facture, affilié à Fluid Audio.

 

Il y eut une époque pas encore si lointaine où nous nous efforcions de mettre en avant des sorties de qualité, venant de labels indépendants, officiant majoritairement dans l'IDM. Cette époque est loin d'être révolue, même si l'année 2012 illustre parfaitement le manque de renouveau de cette "scène", qui sombre encore plus aujourd'hui, trop souvent dans la geekerie sauvage, la sempiternelle redite et des influences trop visibles pour qu'elles soient véritablement honnêtes. L'avènement des netlabels et de la dématérialisation (même si tout ceci ne date pas d'aujourd'hui) a plus que participer à donner un réel rayonnement aux labels indépendants, mais aussi à un certain amateurisme. Nous y avons participé à notre humble niveau. Nous ne nous en excusons pas. Alors pourquoi ce préambule ? Parce que nous accordons de plus en plus d'importance aux productions ambient pures, expérimentales, électro-acoustiques et "modern classical". Genres qui continuent d'inventer en préservant les bases et qui ne peuvent souffrir de l'amateurisme décrit plus haut. Ici, les artistes sont musiciens avant d'être des bidouilleurs informatiques. L'esbroufe se voit donc de bien plus loin, même pour l'oreille peu avertie. Fin de la parenthèse peu utile à la chronique, mais nécessaire à toi lecteur, qui continue de lire nos chroniques parfois un peu moins électroniques.

 

Outre l'incontestable et troublant romantisme qui habite les six titres de Paths, qu'est-ce qui distingue cet album de la multitude de sorties similaires qui pullulent actuellement ? Sa désarmante désinvolture sans doute, de par son absence totale de cohésion entre les titres. Mais aussi parce que l'orchestration classique (certes dominante) est avant tout le maillon d'un ensemble qui pourrait avoir vu le jour sur la Lune.

Ce sentiment d'altitude infinie est surtout palpable dès l'entame de Bleu Polar, où le dialogue tenace entre crins volatiles et d'épaisses nappes ambient dévoilent des paysages oniriques propices à l'apaisement. The Square Is Porcelain ouvrira les même sentiers de la béatification stellaire à un piano volubile, narrateur de belles mais tristes histoires où il est probablement question de nostalgie, d'amours passés à côté de l'érosion des sentiments. Tout cela est définitivement très beau, mais peut-être un peu lisse et convenu si on doit s'en enfiler plus d'une heure.

Voilà donc pourquoi Amber Balanced peut prétendre à l'excellence, parce qu'il rompt complètement avec les schémas précédents. Parce que ses flux tendus installent un terreau plus sombre, à la limite du drone, avant d'enfin lâcher les orchestrations semblables à des cris. Parce que la guitare, et ses effets de mutation, viendra maculer les étendues désertiques d'une matière plus torturée et plus inquiétante. Il pleut des larmes chaudes sur la Lune.

Le bifidus actif reprendra ses droits sur Intestinal Flora (ahahah) et Eye's Closed. Le deuxième cité ouvrira même la voie à un nouveau métronome (après le piano et la guitare) avec l'apparition plus précise et plus intéressante d'un orgue à piston, qui amplifie forcément cette impression de voguer vers des cimes spatiales. Tandis que le plus long Stalled Boson mettra toutes les strates décrites précédemment au diapason, en s'armant avec patience de toute la féerie et l'élégance qui éclatent lors de ce très très joli album pourtant bien trop court.

 

Quand je parlais au départ d'absence de cohésion, c'est surtout pour souligner (peut-être maladroitement) que chaque pièce de cet album peut-être envisager individuellement et dans des contextes complètement différents. Fait rare dans ce genre d'albums, même si pour moi l'aspect lunaire et contemplatif en est la véritable toile de fond. Quatre titres de plus et on aurait pu parler de réussite totale. Car l'ambivalence et certaines aspérités plus sombres auraient pu sublimer d'avantage les contours de cette beauté un peu lisse. Très bel album quand même.

 

http://www.soundsbetterwithreverb.com/wp-content/uploads/2012/02/olan-mill-paths-400x400.jpg

par Ed Loxapac

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Vendredi 8 juin 5 08 /06 /Juin 09:32

Sortie : 30 Mai 2012

Label : Karat

Genre : Electronica-techno

Note : 8/10

 

“La beauté sera convulsive ou ne sera pas”André Breton dans Nadja.

Il est intéressant de confronter Freewheel aux circonvolutions aléatoires du surréalisme. Non pas que l’album du français Sylvain Garcia soit un bordel sans queue ni tête, il faudrait plutôt y déceler un agencement précieux, fonctionnant sur une luxuriance de petits riens, piochant dans des sonorités éclatées.

Drôle d’ovni que nous offre Le K. Album promis à l’incompréhension générale alors qu’il s’agit d’un joyau ne réclamant aucunement un effort d’intellectualisation et qu’il faut prendre Freewheel comme il s’offre à vous, c'est-à-dire un ensemble de longues vignettes électronica à l’ossature techno. Ces morceaux ne cherchent pas à séduire mais uniquement à redonner des couleurs au réel. On ne sait jamais sur quel pied danser, ni d’ailleurs s’il faut danser. On comprend seulement que l’on est ignorant et que cette naïveté nécessaire nous ouvrira les portes de la perception.

Mais comment Le K en est-il arrivé à obtenir d’aussi insolites structures ? Il y a fort à parier que l’influence de sa région est ici le ciment. Sylvain Garcia traine ses panards du côté de la Catalogne française et il tient à le faire savoir. La Catalogne est un pays qui se vit avec les tripes avant de se vivre avec la tête. On ne pénètre pas si facilement dans l’aire du Canigou, montagne tutélaire, toisant avec fierté la plaine environnante. A La Mystique Du Canigou de nous imposer alors une ascension titubante. Et quand Le K regarde du côté de la méditerranée c’est pour nous offrir le superbe affranchissement de Boards Of Leucate, manifeste pour une électronica libre.

Toute cette poésie assumée fait irrémédiablement penser à Robag Wruhme et à son lumineux Thora Vukk (chronique ici). Les deux compositeurs ont ce souci de rendre humain des créations électroniques. Le K s’appuie inlassablement sur des sonorités reconnaissables, sur des voix lointaines, des cliquetis incessants. A cela, il y ajoute, avec parcimonie, des cuivres sans garde-fou. Freewheel est d’une luxuriance quasi outrancière, ne laissant à l’auditeur aucune balise identifiable. Les pistes s’enchaînent mais ne se ressemblent pas. La techno s’efface pour laisser l’électronica prendre le dessus avant de faire marche arrière. Est-on sûr d’avoir entendu le même morceau lors de l’écoute précédente ? Difficile à affirmer tant l’œuvre semble mouvante et vivante.

Freewheel est une aurore infinie, une éclosion perpétuelle. On frissonne à l’écoute de l’escapade de Buster, attendant patiemment que chaque élément trouve progressivement sa place dans le paysage. On se réveille lorsque surgit le kick deep de Sudden Impulse, laissant les voix s’entremêler dans un déluge de craquements. On se sent envahi par la masse d’Epic Horns avant d’être stimulé par des exclamations cuivrées imprévisibles. Les émotions s’enchaînent mais ne se ressemblent pas.

Freewheel est une pochette surprise, on ne sait jamais où l’on va et on finit par ne plus savoir d’où l’on vient. Le K signe un des plus singuliers albums d’électronica-techno de l’année, un objet qu’on adopte sans refus et qu’il sera difficile d’abandonner.

 

http://the-chemistry.net/wp-content/uploads/2012/03/4f30f152081c6-1.jpeg

 

par B2B

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Mardi 5 juin 2 05 /06 /Juin 13:34

Sortie : 18 Mai 2012

Label : Perc Trax

Genre : Techno

Note : 8/10

 

Il existe désormais un axe métallique dans la techno. Même si depuis 3 ans Ostgut Ton donne le ton en la matière, ce n’est pas pour autant le label du Berghain qui est à la pointe concernant cette techno si anxiogène. Il faut plutôt regarder du côté des maisons Stroboscopic Artefacts (dont le Wordplay For Working Bees de Lucy a justement trouvé la première place de notre classement techno 2011, ici), Mote-Evolver (auteur récemment du prodigieux Crossed Paths de Shifted, ici) et Perc Trax. Cette dernière est dirigé par Alistair Wells qui n’est autre que Perc (lui aussi auteur d’un remarquable exercice l’an dernier, Wicker & Steel, ici). Ces trois entités sont en train de mettre à mal les constructions techno classiques, en prenant un malin plaisir à déstructurer et amplifier le moindre son. Il s’agit d’une techno adulte, prenant ses racines dans les édifices industriels et les bas-fonds monochromes.

Forward Strategy Group appartient à cette école. Le duo, mené par les anglais Al Matthews et Patrick Walker, a déjà sorti quelques maxis depuis 2009 mais Labour Division est leur premier long-format.

La techno de Forward Strategy Group établit un intense rapport entre le temps et l’espace. Si ce genre de techno réussit autant à titiller nos cerveaux, ce n’est pas pour rien. En effet, pour arriver à un tel point d’hypnose, il faut réussir à maintenir un fragile équilibre entre la temporalité et l’extension de l’espace. Autrement dit, c’est lorsque le morceau atteint son rythme de croisière, entre 3 et 4 minutes, que les sonorités peuvent alors se distendre, se dilater, pour étirer les murs. Il y a une dose de science dans cette techno, comme si elle répondait à une étude précise de nos connexions neuronales afin de pouvoir jongler avec.

Pourtant,Labour Division n’est pas un album violent et en cela, il diffère de l’expérience totalitaire de l’album de Shifted. Non, le duo anglais est moins radical et préfère s’accommoder de certains gimmicks techno afin de ne pas traumatiser durablement l’auditeur. Il en ressort un album certes impressionnant mais totalement digérable à la première écoute. Les nombreuses baisses de tensions apparaissant dans chacun des morceaux permettent ainsi de ralentir le rythme cardiaque avant des redémarrages en trombes. Aucun déchet ne vient parjurer l’album. Je retiens néanmoins la fuite en avant de Mandate, s’amusant à progressivement élargir notre perspective, la déclaration de guerre de Elegant Mistakes, l’immensité sourde de Industry & Empire ou encore le vortex de Metal Image.

Labour Division est un album de techno digne de ses illustres prédécesseurs et confirmant l’impact actuelle de cette scène métallique et rugueuse, mentale et sans-compromis. Forward Strategy Group n’est pas là pour rigoler, vous non plus.

 

http://oedipepurple.files.wordpress.com/2012/05/forward-strategy-group-labour-division-cover.jpg?w=490&h=490

 

par B2B

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Dimanche 3 juin 7 03 /06 /Juin 23:59

Sortie : avril 2012

Label : Miasmah

Genre : Musique contemporaine

Note : 8,5/10

 

Le couple du jour est composé de virtuoses. L'un, Gareth Davis, clarinettiste de formation, se situe plus dans d'obscures et éclatantes oeuvres débordant allégrement les frontières du jazz contemporain pour lorgner vers une formule que tous comprendront : les musiques improvisées. On le rattache très souvent et justement à ses travaux aux côtés du génial Machinefabriek (sur des labels reconnus comme Sonic Pieces et Home Normal), plus rarement et c'est bien dommage, à ses expérimentations jazz. L'autre, Frances-Marie Uitti, a juste révolutionné l'utilisation du violoncelle. Jouer avec deux archets ne lui fait pas peur, tout comme le rejet de toute hiérachie tonale (traduction : la grammaire musicale classique de la musique occidentale). Si son oeuvre la plus citée est sans doute celle qui la voit redessiner les Works For Cello de John Cage, on a également pu la voir traîner du côté du label jazz moderne, aussi passionnant que décrié, ECM. C'est le toujours impressionnant et inventif label Miasmah qui héberge ce projet forcément exceptionnel. Nous avions volontairement fait l'impasse sur la dernière sortie du label de Svarte Greiner (génie dark ambient incontestable) réalisée par Gultskra Artikler, car trop perchée à notre goût et trop habitée par un vivier folklorique (des Carpates ?) difficilement "chroniquable". Nos amis du jeune blog Des Cendres A La Cave, avec qui nous partageons aujourd'hui plus que de simples influences, l'avait déjà tellement bien fait (ici). Mais revenons plutôt à notre joyau du soir.

 

Qu'est ce qui a pu pousser deux orfèvres de l'expressionnisme à collaborer ensemble. On s'en fout. Mais tellement. Car outre le saisissant romantisme torturé qui suinte de toute part, c'est ce sentiment d'alchimie véritable, cette impression singulière de l'union du bois et du cuivre pour parler un seul et unique language intraductible, et celà d'une seule voix. Car oui, parler de complémentarité s'élève ici comme un cliché sans nom, comme une insulte à l'unicité de l'union.

Et peu importe les étiquettes, la description et l'intellectualisation technique d'une oeuvre qu'il a bien fallu achever. Je n'y connais absolument rien en musique contemporaine, c'est avant tout parce que résulte de ce disque une puissance et une profondeur phénoménale que je place mes humbles mots à son propos. Parce que la musique du duo d'un jour, si savante et si contemporaine, donne peut-être sans même y avoir pensé un relief imposant à des musiques qu'on a plus l'habitude de pratiquer ici. L'exemple le plus frappant (c'est le mot), réside à coup sûr dans les tranchées béantes de Smoke, où on peut entendre le couple frapper son instrument comme une arme silencieuse pour en faire sortir l'insoupçonnable. Voici qui a presque un côté punk vu et dit comme ça. C'est même le cas, même si je soupçonne nos deux amis d'avoir laissé il y a bien longtemps les chiens sortir de la Quechua. Évoquons alors le terrifiant Cold Call, qui ferait passer n'importe quel poussée dark ambient et sound design comme acnéique.

La musique de Davis et Uitti est un cri déchirant, hurlé à la face d'un monde sourd, qui voit du jazz partout là où il y a du cuivre. Qui pense qu'il suffit de péter dans un hautbois pour accoucher d'un Haendel, qu'il suffit de se réclamer de l'ethnomusicologie pour pouvoir parler de Bela Bartok. Même si encore une fois, je m'évade au dernier moment de ma bile indigeste pour ne pas m'y noyer, cette séance de name dropping est à mon sens tout sauf opportuniste, ne serait-ce qu'à d'épars et calfeutrés moments.

Puis vient le temps des fresques, Detour et Stained, d'où surgissent des bouillons gutturaux, des drones abyssaux, un reliquat jazz caverneux, des crins cisaillés par une douleur qui ne dit pas son nom. Des réponses aux cris respectifs et aux plaintes pour conserver cet esprit de corps et de consistance. Les silences, ici posés, interviennent plus comme une ponctuation certes anarchique mais agglomérante, que comme une orpheline attente vers la fin d'un hypothétique morcellement de l'ensemble. Le plus court mais excellent Ranzor, liera idéalement les deux pavés dans leur scission fugace.

 

Peu de mots sont adaptés pour décrire pareille expérience, fascinante autant qu'elle est dérangeante. J'espère donc que vous pardonnerez les miens et que vous vous rabattrez sur une musique, qui parle d'elle même. Miasmah frappe ici un grand coup sourd à destination d'un auditoire exigeant, équipé d'un matériel d'écoute à la hauteur de l'oeuvre. Le romantisme ici dévoilé, certes macabre mais peu funeste, ne peut qu'emporter l'adhésion des plus aigris. Qu'on se le dise.

 

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par Ed Loxapac

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